XXIIe conférence des Ambassadeurs (25 au 30 août 2014)

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Vous trouverez ci-dessous les discours du Président de la République, M. François Hollande et du ministre des Affaires étrangères et du développement international, M. Laurent Fabius, prononcés à l’occasion de cette conférence.

Discours de François Hollande (28 août 2014)

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François Hollande lors de son discours devant les ambassadeurs de France

"Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le ministre des Affaires étrangères, cher Laurent FABIUS,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,

Nous nous retrouvons pour cette Conférence qui est devenue un rendez-vous incontournable, un rite, mais qui se situe, aujourd’hui, dans un contexte particulièrement lourd.

Au cœur du Moyen-Orient, une organisation barbare tente de prendre la dimension d’un Etat pour y imposer un califat. Rien que cela.

A l’Est de l’Europe, un conflit qui a déjà fait plus de 2 000 morts, met en cause les principes sur lesquels notre sécurité collective était fondée depuis la fin de la guerre froide.

A l’Ouest de l’Afrique, un fléau sanitaire s’ajoute au spectre terroriste et accable des pays qui, jusque-là, étaient regardés comme les plus dynamiques du monde sur le plan économique.

Ces crises qui peuvent paraître disparates, ne peuvent plus être regardées comme spécifiques ou régionales : elles sont globales et internationales. Elles ne nous sont pas extérieures, elles nous concernent directement. Ce n’est pas parce qu’elles sont loin qu’elles n’ont pas de ramifications, ici même. Elles nous concernent donc tous presque personnellement.

Quand un avion civil est abattu dans le ciel ukrainien, quand des combattants de la haine sont formés pour mener leurs tâches criminelles jusqu’ici dans nos pays, et quand des journalistes sont enlevés et assassinés dans des conditions effroyables, nous sommes tous concernés.

La France est consciente de l’extrême gravité de ces menaces.

Face à elles, elle ne peut pas rester indifférente ou spectatrice. Ce ne serait pas conforme à son histoire, encore moins à notre statut de membre permanent du Conseil de sécurité. Ce ne serait pas compatible avec notre intérêt bien compris et avec notre vocation de grand pays porteur de valeurs. Tel est le sens de notre politique extérieure : agir pour la paix et la sécurité du monde. Tel est le travail inlassable de notre diplomatie, sous la conduite de Laurent FABIUS, dont je salue une nouvelle fois l’action.

La France est en mouvement. Sur tous les fronts.

D’abord au Moyen-Orient.

Ici même, l’an dernier, j’exprimais ma conviction qu’une intervention internationale était nécessaire en Syrie. A la suite de l’utilisation par le régime des armes chimiques, il s’agissait d’empêcher de nouveaux massacres. Je vous disais que l’inaction faisait le jeu des extrémistes. Hélas, la démonstration est faite et elle est implacable !

Je regrette que la mobilisation internationale pour régler la situation en Syrie ait fait à ce point défaut, notamment au Conseil de sécurité. Nous en mesurons aujourd’hui toutes les conséquences : le régime de Bachar El ASSAD poursuit, sans aucune retenue, sa politique de répression ; les réfugiés se massent, chaque jour plus nombreux, dans les pays voisins ; et les groupes terroristes gagnent de nouvelles positions. Voilà le résultat.

Mais le danger n’a pas simplement grandi, ce qui serait déjà un péril. Il est devenu immense. Le conflit a débordé en Irak, un pays – pour des raisons sur lesquelles je ne reviendrai pas – qui était déjà soumis aux divisions, aux conflits inter-religieux et à l’instabilité. L’Etat islamique, en tout cas qui se prétend comme tel, s’est engouffré dans la brèche, parce que le terrorisme se nourrit toujours du chaos.

Ce groupe a conquis de larges parties du territoire irakien, en plus de ce qu’il avait déjà quasiment en possession en Syrie. Il menace aussi bien Bagdad que le Kurdistan irakien. Il s’en prend aux minorités, les chrétiens d’Irak, les Yazidis et d’autres aussi. La France a donc décidé de prendre ses responsabilités. Elle a fourni une aide pour venir en aide aux populations réfugiées, notamment au Kurdistan d’Irak. Elle a également livré des armes aux forces engagées en première ligne contre l’Etat islamique. Depuis, et tant mieux, d’autres pays européens nous ont rejoints, mais nous ne pouvons pas en rester là. Notre soutien doit être amplifié pour préserver l’unité de l’Irak et permettre que chaque communauté vive en paix.

C’est pourquoi j’ai lancé une initiative. Elle vise à améliorer la coordination (quand je dis « l’améliorer », c’est l’organiser) de l’action internationale contre l’Etat islamique, sur les plans humanitaire, sécuritaire mais aussi militaire. C’est le sens de la conférence internationale que la France propose de réunir ici même, à Paris, dès lors que le gouvernement irakien aura été constitué.

Car pour vaincre l’Etat islamique, pour vaincre le terrorisme, la première condition, c’est que les Irakiens eux-mêmes se rassemblent.

Pour vaincre l’Etat islamique, pour vaincre le terrorisme, il faut aussi que la communauté internationale prenne la dimension du danger et organise une mobilisation à cette hauteur, dans le respect du droit international.

Pour vaincre l’Etat islamique, chaque pays doit également s’engager à lutter contre les filières djihadistes, les filières du terrorisme international et prévenir les départs de jeunes fanatiques sur les zones de combat. Le Conseil de sécurité en sera saisi le 25 septembre prochain. Quant à la France, elle n’a pas attendu puisque nous mettons d’ores et déjà en œuvre un plan anti djihadistes. Il a été adopté en Conseil des ministres au mois de mai.

Une large alliance est nécessaire, mais je veux que les choses soient claires : Bachar El ASSAD ne peut pas être un partenaire de la lutte contre le terrorisme. C’est l’allié objectif des djihadistes. Il n’y a pas de choix possible entre deux barbaries parce qu’elles s’entretiennent mutuellement.

La France est également en soutien des pays de la région qui accueillent les réfugiés. Je pense à la Jordanie mais également à la Turquie et forcément au Liban. Aujourd’hui, le tiers de la population qui vit au Liban est d’origine syrienne, par la force des choses. Au Liban, nous sommes liés par un pacte d’amitié et nous veillons à préserver, autant qu’il est possible, l’unité de ce pays ami. Nous avons, là encore, décidé de livrer à son armée, en liaison avec l’Arabie saoudite, des moyens opérationnels. Ils lui sont indispensables pour assurer la sécurité dans une région déjà tourmentée, non pas simplement par ce qu’il se passe en Syrie et en Irak, mais aussi compte tenu de la résurgence du conflit israélo-palestinien qui a connu, ces dernières semaines, une phase dramatique.

C’est la troisième crise de Gaza en 6 ans – après celle de 2008 et celle de 2012 – mais c’est aussi celle qui est la plus meurtrière (plus de 2 200 morts).

Aujourd’hui, un cessez-le-feu a été trouvé et négocié au Caire. Je veux saluer tous ceux qui y ont contribué. La France a joué son rôle. Des engagements ont été pris par chacune des parties. Ils doivent donc être strictement, précisément, rigoureusement mis en œuvre car Gaza ne peut plus rester une base armée pour le Hamas, ni non plus une prison à ciel ouvert pour ses habitants. Il faut aller vers une levée du blocus progressive et une démilitarisation du territoire.

La France, là encore, a fait des propositions pour assurer une supervision internationale de la destruction des tunnels ; sécuriser la réouverture des points de passage entre Gaza d’une part, Israël et l’Egypte d’autre part ; et donner à l’Autorité palestinienne les moyens de répondre à la crise humanitaire et d’entreprendre une nouvelle fois, je dis bien une nouvelle fois, la reconstruction de Gaza.

C’est le chemin de la paix qu’il convient de retrouver. Au plus vite. Chacun en connaît les conditions et les paramètres. Je vais les répéter : un Etat palestinien démocratique et viable, vivant aux côtés de l’Etat d’Israël en sécurité. Mais nous voyons bien que les formules finissent par s’épuiser. La négociation pour la négociation ne suffit plus, dès lors qu’elle n’aboutit jamais. Nous devons lui donner toujours sa chance et la responsabilité en revient aux parties-prenantes. Mais il reviendra à la Communauté internationale de prendre l’initiative.

Le rôle des Etats-Unis est décisif. Mais celui de l’Europe ne l’est pas moins : elle doit agir et utiliser tout le potentiel, par exemple, de l’initiative arabe de paix. Elle n’a pas été suffisamment prise en compte depuis 2002. C’est l’Europe qui fait beaucoup pour reconstruire, développer la Palestine. C’est l’Europe qui doit aussi faire pression, sur les uns et sur les autres, et ne pas être simplement un guichet vers lequel on s’adresse pour effacer les plaies de conflits récurrents.

Parallèlement, nous avons à trouver une issue aux discussions avec l’Iran, parce que là-aussi tout est lié. Notre objectif, il est tellement simple que je peine à l’énoncer, c’est de faire renoncer l’Iran à l’accès à l’arme nucléaire.

La France a montré sa fermeté et Laurent FABIUS, à un moment décisif, a été particulièrement clair dans les négociations. La France s’est aussi montrée disponible et j’ai moi-même été l’un des premiers chefs d’Etat occidentaux à rencontrer le Président iranien ROHANI. C’était l’année dernière, lors de l’Assemblée générale des Nations Unies. Mais je constate que les discussions entre l’Iran et les 5+1 ont été reportées, après avoir été ensevelies par je ne sais quelles conditions posées et qui n’avaient pas lieu d’être. De même, il y a toujours des voix qui s’élèvent pour dire qu’il serait bon de lier les négociations avec l’Iran, sur le nucléaire, avec la situation en Irak. Je récuse tout lien, il n’aurait aucun sens. L’Iran doit tout simplement avoir le courage de prendre les mesures qui démontreront, de façon vérifiable et incontestable, son renoncement à une capacité nucléaire militaire.

C’est vrai que la crise irakienne démontre que nos préoccupations ne divergent pas toujours avec l’Iran et que ce pays peut être un interlocuteur s’il décide, c’est la condition essentielle, de s’inscrire dans les principes qui permettent un échange sincère et utile. La France est prête à considérer l’Iran comme tel. Mais à ces conditions et seulement à ces conditions.

Voilà déjà ce qui devrait nous mobiliser pour la paix et pour la sécurité : le Moyen Orient, le Proche Orient.

Mais la paix et la sécurité sont également menacées à l’Est de l’Europe. A quelques heures d’avion d’ici.

Notre continent connaît, en Ukraine, l’une des crises les plus graves depuis la fin de la guerre froide. Je veux exprimer devant vous la position de la France sur ce sujet grave.

D’un côté, la Russie doit respecter la souveraineté de l’Ukraine, arrêter son soutien aux séparatistes et les amener à accepter un cessez-le-feu bilatéral. La Russie doit contrôler effectivement sa frontière et en terminer avec les transferts d’armes et de matériels. S’il était avéré que des soldats russes sont présents sur le sol ukrainien, ce serait bien sûr intolérable et inadmissible.

De l’autre, les autorités ukrainiennes doivent faire preuve de retenue dans les opérations militaires et décider d’une large décentralisation au bénéfice des régions russophones et écarter toutes provocations.

La solution à la crise en Ukraine est politique, elle n’est pas militaire. C’est pourquoi le 6 juin dernier, lors des commémorations du Débarquement, j’ai saisi l’opportunité de la présence du Président POUTINE et du Président POROCHENKO pour permettre qu’il y ait cette première rencontre. La présence d’Angela MERKEL a été utile à ce moment. Depuis, la Chancelière et moi-même avons poursuivi nos démarches pour tisser les fils, renouer les contacts. Nous y sommes parfois parvenus, mais nous n’avons pas pu obtenir jusque-là un règlement de la situation.

Les Européens ont dû renforcer les sanctions. Elles seront forcément maintenues, voire augmentées, si l’escalade se poursuit. Je le dis nettement, je ne souhaite pas en arriver là. Ce n’est pas l’intérêt de la Russie, ce n’est pas l’intérêt de l’Europe, ce n’est pas l’intérêt de la France. La Russie ne peut, à la fois, aspirer à être une puissance reconnue du XXIème siècle et ne pas en respecter les règles. Elle subit, en ce moment même, un isolement croissant et les conséquences d’un ralentissement de sa croissance sont avérées, à cause des sanctions.

Cette contradiction, c’est bien évidemment d’abord au Président russe de la résoudre. J’ai dit plusieurs fois à Vladimir POUTINE que la France et l’Union européenne souhaitaient poursuivre l’approfondissement de nos relations avec la Russie. Parce que la Russie est un grand pays, parce que la Russie a également son destin sur le continent européen et qu’il y a un lien historique, culturel, économique entre la Russie et la France.

Mais, aujourd’hui, la crise ukrainienne est un blocage. Raison de plus pour le lever rapidement ! La France y est prête avec l’Allemagne. Je fais une nouvelle fois la proposition de se réunir dans le format qu’on appelle maintenant « Normandie » - la marque est déposée ! - pour trouver un accord global. Mais on ne va pas se réunir à quatre si les conditions de cet accord ne sont pas posées.

Notre disponibilité est donc là, nous y travaillons avec la Chancelière. La réponse doit venir notamment du côté russe.

La paix et la sécurité de l’Europe ne se jouent pas qu’en Europe, mais également loin d’Europe. J’évoquais le Moyen-Orient, le Proche-Orient. Je dois parler de l’Afrique.

C’est un continent ami auquel l’Histoire, là aussi, nous lie. Les commémorations de cette année nous ont encore rappelé ce qu’avaient fait les Africains, pendant la Première Guerre mondiale et pendant la Seconde, pour assurer nos victoires, c’est-à-dire notre liberté. Alors il y a ce lien de sang qui demeure. Mais il y a aussi cette conviction que l’Afrique est le continent de la croissance.

En ce moment, les ambassadeurs peuvent en témoigner, l’Afrique se couvre de projets, met en place les infrastructures, exploite ses ressources minières, fait des efforts considérables en matière de nouvelles technologies ou même de transition énergétique. Rien qu’en 2013, six des dix économies les plus dynamiques du monde sont africaines. C’est dire si la vision de l’Afrique, que beaucoup ont, doit changer.

Lors du Sommet de l’Elysée en décembre dernier, nous avons essayé de moderniser la tradition des rencontres entre la France et l’Afrique. Nous avons pris des décisions importantes. D’abord, la France va consacrer 20 milliards d’euros au cours des dix prochaines années pour le développement de l’Afrique. L’Agence française de développement jouera un rôle de premier plan dans cette stratégie. Nous avons même eu l’idée – avec les entreprises, parce que rien ne peut se faire sans les entreprises –qu’une Fondation franco-africaine pour la croissance pouvait permettre d’être un levier, pour que nous puissions être utiles à l’Afrique et utiles aussi à nos entreprises. Cette fondation est en train de se mettre en place et d’engager ses premières actions.

Mais en même temps que je parle de l’Afrique, par les liens qui nous unissent par l’histoire, par l’économie, par les liens humains, je dois aussi parler de l’Afrique comme d’un continent vulnérable. L’épidémie Ebola en est, encore une fois, la démonstration tragique. Elle aurait appelé une réaction encore plus rapide. Cette épidémie a déjà fait plus de 2 000 morts – et encore nous n’avons toujours pas recensé toutes les victimes…

Depuis le début de cette épidémie, la France s’est impliquée – aussi bien le ministère des Affaires étrangères que le ministère des Affaires sociales et de la Santé. Les experts de l’INSERM et de l’Institut Pasteur ont identifié la présence du virus dès l’origine. Aujourd’hui ces mêmes experts contribuent activement au diagnostic et à la surveillance de la maladie. Ils sont présents, courageusement présents, sur place.

Je veux saluer aussi les organisations non gouvernementales présentes pour former, accompagner, soigner les malades et constater, hélas, les ravages du virus. La France doit montrer sa solidarité. Elle n’est pas que financière, elle doit être aussi scientifique, humaine.

Toutes les mesures ont été aussi prises pour protéger nos ressortissants. Des moyens militaires, j’en remercie le ministre de la Défense, ont été déployés pour assurer une capacité d’évacuation sanitaire. Elle est mise à la disposition de l’Organisation mondiale de la santé.

Les épidémies font leur lit de la pauvreté et sont les produits de la fragilité des systèmes de santé. Voilà pourquoi la France, j’en ai décidé, a maintenu la contribution qu’elle verse au Fonds mondial de lutte contre le Sida, le paludisme et la tuberculose.

D’une manière générale, même dans ces moments où nous traversons ce que l’on appelle des « difficultés budgétaires » (en fait, nous connaissons des déficits depuis plus de dix ans, mais nous avons décidé tout simplement de les réduire), même dans ce contexte que chacun connait, la France continue de figurer parmi les tous premiers donateurs mondiaux en matière de développement. Elle a accru la concentration de ses moyens : en 2013, l’aide de la France en direction des pays les moins avancés a augmenté du tiers par rapport à 2012. Nous ne le faisons pas simplement par générosité, nous le faisons aussi parce que nous sommes conscients que cette misère et cette pauvreté peuvent créer un terreau au terrorisme.

L’Afrique, malgré ses atouts, est un continent menacé par l’insécurité. Chaque fois qu’un pays ami est victime du terrorisme, nous sommes à ses côtés. Chaque fois qu’il est aussi victime d’un risque d’affrontement qui peut déboucher sur des massacres ou même un génocide, nous sommes également à ses côtés, sans rien demander en échange, sans avoir aucune idée de contrepartie ou d’intérêt mercantile.

En décembre dernier, nous sommes intervenus en République centrafricaine, nous avons évité le pire, je dis bien le pire. Nous avons été les premiers, j’y reviendrai. Mais, aujourd’hui, l’Union européenne fait un excellent travail avec l’EUFOR. Les casques bleus dans quelques mois, c’était d’ailleurs notre volonté, vont prendre le relai. Nous sommes également soucieux que l’Etat centrafricain se reconstitue et que puissions avoir, en même temps, une transition démocratique. Cela veut dire des élections.

Au Mali, la décision avait été prise au début de l’année 2013. Certains oiseaux de mauvais augure nous avaient dit que nous serions là pour toujours... Nous avons fait notre travail. Je salue l’action qu’ont pu conduire le ministre de la Défense, Jean-Yves LE DRIAN, et les forces armées. Le résultat est là, la démocratie a été rétablie, les projets de développement redémarrent. La réconciliation est en cours. Elle a tardé, c’est vrai. Et la France appuie, sans réserve, l’action de l’Algérie en faveur de ce processus.

Quant à nos forces armées, elles contribueront, sous d’autres formes, à notre présence militaire. Nous l’avons adaptée et elle prendra d’autres formes pour éviter la résurgence du terrorisme. C’est l’opération Barkhane qui fait que nous sommes moins présents au Mali et davantage sur des sites où nous étions déjà installés. Nous faisons en sorte qu’avec 3 000 hommes nous puissions assurer la sécurité de l’Afrique de l’Ouest.

Mais aussitôt fermé un risque, écartée une menace, un autre péril surgit. Nous l’avons vu au Nigéria : Boko Haram avec son intention de bâtir un califat. Qu’avons-nous fait ? Nous avons mis sur pied une réaction internationale, réuni ici les pays de la région (ce qu’on appelle les pays du bassin du lac Tchad) et permis que les renseignements, les échanges d’informations, les actions éventuelles puissent être coordonnées. Le Nigéria – 20ème puissance économique du monde, l’économie la plus dynamique d’Afrique et sans doute la première – vit dans la menace de Boko Haram. Le Nigéria a confiance en la France et la France fera tout pour préserver la capacité du Nigéria à être une grande économie et un grand pays démocratique.

Mais je vais vous livrer ma préoccupation majeure, à ce moment même, alors qu’il y a pourtant tant de sujets d’inquiétudes et de vigilance. C’est la Libye.

La confusion est totale, des groupes djihadistes ont pris le contrôle de sites importants et pas simplement de sites pétroliers. Il y a deux parlements, deux gouvernements, même si, pour nous, il n’y en a qu’un seul de légitime. Il y a aujourd’hui des milices et il y a, au sud de la Lybie, une formation de groupes terroristes qui attend d’intervenir.

Si nous ne faisons rien – je n’entends rien de sérieux, rien de politique, rien d’international – c’est le terrorisme qui se répandra dans toute cette région. Alors, la France demande aux Nations Unies, parce que ce sont elles qui doivent prendre leurs responsabilités, d’organiser un soutien exceptionnel aux autorités libyennes pour rétablir leur Etat. Nous devons également être très attentifs par rapport aux voisins de la Lybie : l’Egypte mais aussi la Tunisie, parce que la Tunisie peut être l’exemple de la réussite des printemps arabes. Ils étaient partis de là et il est à craindre que ce soit le seul résultat. Faut-il encore le préserver.

Pour répondre à toutes ces sollicitations, à tous nos devoirs, à tous les risques, la France dispose d’un outil militaire efficace. C’est pourquoi j’ai décidé de maintenir les crédits de la loi de programmation militaire. Chacun considère que c’est un choix d’évidence. Quand on a à réduire les déficits, quand on connait une croissance faible, il a fallu, non pas simplement l’insistance du ministre de la Défense, mais toute la conviction qui doit être la nôtre et la vôtre, pour que nous prenions bien acte qu’avoir un outil de défense, ce n’est pas simplement un élément de puissance, c’est une condition même pour notre propre sécurité.

Mais nous ne pouvons pas simplement en rester à des volumes de crédits sur lesquels je vois des spécialistes disserter au centime d’euro près. Ce qui compte, c’est l’usage de ces crédits : est-ce qu’ils sont employés pour être les mieux adaptés aux menaces ? D’où l’enjeu de la cyberdéfense, par exemple, mais aussi du renseignement. C’est pourquoi j’ai veillé à ce que les capacités de la DGSE puissent être également renforcées.

Je disais que parfois nous courons le risque – on ne nous le reproche pas à l’étranger, c’est exceptionnel, mais en France – d’agir seul. Je réponds que nous ne sommes pas seuls, nous sommes les premiers. C’est assez différent. Nous sommes parfois même des pionniers dans la solidarité internationale. Mon intention est toujours d’agir avec nos partenaires européens. Parce que plus que jamais, j’ai la conviction que l’Europe doit être présente en tant que telle dans un monde où la neutralité n’est plus permise.

L’ambition mille fois répétée d’une véritable Europe de la Défense – surtout de la part de ceux qui ne font rien – doit maintenant devenir une réalité. L’Union européenne ne peut pas tout attendre d’un ou de deux Etats membres – je dirais essentiellement d’un, c’est-à-dire la France – pour assurer l’essentiel de l’engagement budgétaire et humain au bénéfice de la sécurité de tous. Cette prise de conscience et ce partage de l’effort sont les conditions du renforcement de l’Europe sur la scène internationale.

Dans quelques jours, je me rendrai au sommet de l’OTAN qui doit définir sa mission et savoir à quoi elle sert. Il y a une idée que nous allons promouvoir, c’est celle de doter l’Alliance d’une capacité de réaction rapide, pour faire face aux crises, et dans laquelle chaque pays membre doit prendre sa part.

La France est un pays qui compte sur la scène internationale, grâce à sa diplomatie, grâce à l’outil de défense. Mais l’avenir de la France, c’est aussi son économie. Les attributs de la puissance, les attributs de l’influence, ne sont pas simplement liés à la politique extérieure. C’est aussi ce que nous sommes capables de faire sur le plan de l’économie, de l’industrie, de notre compétitivité. On me dit que je suis loin du sujet. Non je suis dans le sujet parce que la France doit mobiliser tous ses atouts, toutes ses énergies pour rester à son niveau. Aujourd’hui, c’est la cinquième puissance économique du monde.

C’est pourquoi j’ai engagé le pacte de responsabilité et de solidarité et défini aussi une stratégie de compétitivité pour que les entreprises soient plus modernes, plus fortes et que notre commerce extérieur puisse être rééquilibré.

D’ailleurs, je considère que le redressement du commerce extérieur fait partie de la politique extérieure. C’est la raison qui a justifié que nous puissions rassembler, autour du ministre des Affaires étrangères, les services et les moyens du commerce extérieur. C’est votre rôle aussi aujourd’hui, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs.

Pour accompagner nos entreprises à l’exportation, nous devons revoir un certain nombre de nos dispositifs. La simplification, là aussi, a sa place avec une unité de pilotage. Ce qui fait souvent le charme de la France, c’est la pluralité des acteurs, y compris administratifs. Mieux vaut concentrer, pour mieux décider et pour agir plus vite.

Je sais que c’est une mission nouvelle pour vous. Vous en connaissez l’enjeu et je vous demande de l’exercer avec tous les ministères, tous les opérateurs et notamment la Banque publique d’investissement et toutes les régions françaises qui font également beaucoup pour le développent des exportations. Notre cible, ce sont les PME qui doivent être davantage à l’international. Et nous devons nous concentrer aussi sur certaines zones géographiques.

D’abord l’Asie, là où la croissance est la plus forte.

L’année 2014 a été marquée par le cinquantième anniversaire de la reconnaissance par la France de la République populaire de Chine. Les Chinois y étaient très attachés. Nous avons reçu le Président XI Jinping. Il m’avait lui-même reçu en Chine. Nous avons signé des accords importants d’une valeur de 18 milliards d’euros. Nous avons toujours un déficit de plus de 25 milliards d’euros avec la Chine. Donc il y a de la marge ! C’est ce que nous avons fait comprendre. Le rééquilibrage du commerce extérieur n’est pas une décision administrative, mais il suppose que nous ayons un dialogue avec la Chine et la capacité d’offrir technologies, investissements, compétitivité…

Avec l’Inde, nous avons également une relation de confiance. L’alternance n’a rien changé. Avec le nouveau Premier ministre Narendra MODI, nous avons établi un programme de travail. Nous avons confiance pour un certain nombre de contrats. Je l’ai invité à venir à Paris d’ici la fin de l’année.

Avec le Japon, là aussi, nous avons fait en sorte que la confiance soit au rendez-vous. J’ai effectué une visite d’Etat en juin 2013 et j’ai reçu le Premier ministre ABE en mai 2014. Nous avons consolidé des partenariats en matière politique – notamment en matière de défense et de démocratie – et sur le nucléaire civil, question éminemment sensible. Nous avons fait en sorte d’avoir une coopération de haut niveau par rapport aux conséquences de Fukushima.

Mais je veux aller plus loin, nous devons faire un travail avec tous les pays de la région. Je vais les citer tous, parce que tous sont importants : la Corée du Sud, le Vietnam, l’Indonésie, Singapour, la Malaisie, la Birmanie, la Mongolie, les Philippines, l’Australie, la Nouvelle-Zélande. Je ne veux écarter aucun pays et je vais demander à tous les membres du Gouvernement d’aller faire un certain nombre de déplacements. Je demande aux ambassadeurs de les organiser.

Moi-même, vous le savez, j’irai en Australie dans le cadre du G20. Je ferai une visite dans ce pays où, jusque-là, aucun Président de la République française n’était allé. Pourquoi dis-je cela ? Non pas parce que je cèderais à une mode « Asie-Pacifique », là où serait la croissance de demain, mais parce qu’il y a là une population, un dynamisme et aussi un enjeu. En plus, dans ces pays, l’image de la France est bonne, pour ne pas dire excellente. Il y a une demande de culture et de produits français.

Il y a une autre région du monde où nous devons être encore davantage présents, c’est l’Amérique latine. C’est un pôle majeur. Nos entreprises l’ont parfaitement compris. Elles y investissent davantage. Nous devons aussi faire des coopérations technologiques. Je suis allé au Brésil dans le cadre d’une visite d’Etat, c’était à la fin de l’année dernière. Je suis allé au Mexique, début 2014. Je dois dire que ce que nous avons mis en place, avec le Conseil stratégique franco-mexicain, est un exemple à suivre pour tous les grands pays, notamment en Amérique latine : associer pas simplement les diplomates et les responsables politiques – cela nous pouvons y parvenir sans peine – mais associer les entreprises, les acteurs culturels, les personnalités, ceux qui s’aiment mutuellement… C’est le cas entre la France et le Mexique, malgré l’Histoire ou à cause de l’Histoire.

Nous avons transposé ce modèle et je me rendrai en Argentine, au Chili et au Pérou en 2015.

Globalement, je voulais insister devant vous, malgré la gravité de la conjoncture que nous vivons (je parle de la conjoncture politique internationale), sur l’enjeu de l’attractivité. Nous devons multiplier les décisions d’investissement créateur d’emplois en France. Là aussi, c’est une tâche que vous devez accomplir. Non pas simplement attirer des entreprises pour qu’elles viennent dans les pays amis, pour développer un courant d’échange, mais également susciter dans les pays où vous êtes un intérêt pour la France, pour des investissements en France.

Laurent FABIUS, avec le ministre de l’Intérieur, a fait en sorte que nous puissions simplifier la délivrance des visas pour les investisseurs, les entrepreneurs, les étudiants, les chercheurs... Parce que c’était quand même un paradoxe : on voulait que les gens viennent, mais on ne leur permettait pas de venir. Ce qui est compliqué pour investir, sauf à le faire sur internet mais cela n’a pas donné toujours les résultats escomptés…

De la même façon, le tourisme est devenu pour nous un élément d’attractivité. C’est le principe même, le symbole même, de l’attractivité qui veut venir nous voir. Nous sommes la première destination touristique du monde. Cela flatte notre orgueil… Mais nous ne sommes pas le pays qui a le plus d’excédent dans sa balance touristique. Cela heurte nos habitudes... Nous devons faire en sorte que nous puissions proposer des produits, des équipements, et être le plus possible accueillants, parce que si l’on n’est pas bien reçu, il n’y a aucune raison qu’on vienne nous voir. Cela commence, et Laurent FABIUS en a fait l’expérience lui-même, à l’aéroport.

Nous n’allons pas faire que les ambassadeurs aillent dans les gares pour faire agent d’accueil… Mais s’il le faut, nous le ferons ! Ce que nous devons faire, c’est que l’ensemble des acteurs économiques se mobilisent par rapport à cette ambition-là. J’ai donné un chiffre : le tourisme, c’est 7% du PNB, c’est deux millions d’emplois. Nous voyons que nous avons, puisque nous sommes le pays le plus beau du monde, un certain nombre de marges à construire. Nous le ferons avec la culture.

La culture, ce n’est pas une forme d’excellence française que nous proposons au monde avec obséquiosité et avec le souci que notre langue puisse être parlée sans que nous fassions d’effort pour qu’il en soit ainsi. La culture, c’est un vecteur, non seulement d’influence, non seulement de partage, mais aussi de développement économique. La bataille des industries culturelles, on le voit bien, va bientôt arriver, avec des opérateurs qui vont venir, dès cet automne, pour proposer leurs produits. Nous pouvons ériger des barrières, fixer des cordons sanitaires sur le plan culturel, c’est perdu d’avance… Ce qu’il faut, c’est être les meilleurs, tout en défendant l’exception culturelle. C’est ce que nous allons faire dans toutes les négociations internationales.

Les industries culturelles doivent être pour nous un enjeu majeur comme, d’ailleurs, le développement international de nos universités, de nos grandes écoles. Parce que nous devons permettre à plus de jeunes Français de découvrir le monde. Nous n’avons rien à craindre, lorsque nous voyons un certain nombre de jeunes diplômés aller à l’étranger – cela serait le contraire qui serait pernicieux – à la condition bien sûr qu’ils reviennent et qu’ils viennent donner leur talent à leur propre pays qui les a formés. N’oublions jamais qui a formé, parce que nous ne sommes rien sans la République !

Et puis, il y a l’accueil des étudiants étrangers en France. Là-aussi, nous devons faire en sorte qu’il y en ait davantage, parce que c’est une condition pour notre propre influence.

Le rayonnement, c’est la francophonie. Jacques ATTALI vient de me remettre un rapport qui souligne l’immense atout économique que la francophonie peut représenter. Je veux que la dimension économique de la francophonie soit présente, lors du prochain sommet de l’OIF à Dakar, au mois de novembre.

Enfin, défendre la place de la France dans le monde, c’est aussi plaider dans les lieux majeurs de décisions, notamment le G20, pour une croissance plus forte et plus équilibrée. C’est ce que nous ferons en Australie, à Brisbane. Nous continuerons à mettre à l’agenda, les choses ont progressé, la régulation financière et la coopération fiscale internationale.

Ne croyons pas que nous sommes, là aussi, isolés dans ce combat. Les Etats-Unis et même un pays comme le Royaume-Uni sont venus en soutien. Parce que c’est l’intérêt de tous que la finance noire ou grise puisse être éradiquée et que les conditions fiscales de la concurrence puissent être précisées.

Enfin, il y a un grand rendez-vous – nous l’avons-nous même fixé en l’accueillant : la Conférence sur le climat à la fin de l’année 2015. Chaque jour, chaque minute même, les conséquences du réchauffement climatique se font de plus en plus dévastatrices. Ils engendrent des catastrophes, des déplacements de population, de l’instabilité politique et des conflits meurtriers.

Tout le gouvernement, je dis bien tout le gouvernement, est mobilisé. C’est le défi du siècle. Je veux saluer aussi l’action de Nicolas HULOT qui, à mes côtés, fédère les initiatives de la société civile, c’est-à-dire, les entreprises, les chercheurs, les citoyens, sur tous les continents par rapport à cet enjeu.

En septembre, je me rendrai au sommet des chefs d’Etat et de gouvernement sur le climat organisé par BAN Ki-moon, aux Nations Unies. J’y annoncerai la stratégie d’action de la France pour la préparation de la Conférence de 2015, la COP21. D’ores et déjà, j’ai apporté mon soutien à la démarche de la Banque mondiale pour donner un prix au carbone. Parce que si l’on veut réorienter les investissements vers l’efficacité énergétique et les énergies propres, il faut que la pollution ait un coût. La France participera aussi à la capitalisation, tant attendue, du Fonds vert pour le climat d’ici la fin de l’année.

Si nous voulons convaincre – ce n’est pas facile, on se rappelle des échecs cuisants à Copenhague ; ils tiennent sans doute à la méthode, mais ils tiennent aussi à la réticence à la résistance d’un certain nombre de pays –, nous devons être exemplaires en France et exemplaires en Europe.

En France, nous le sommes, puisque cet automne, Mme ROYAL, le ministre de l’Ecologie va présenter le projet de loi sur la transition énergétique et la croissance verte. Les deux formules sont importantes. La transition énergétique pourra être au rendez-vous pour le climat. Mais aussi la croissance verte parce que ce sont des atouts pour notre propre développement économique.

L’Europe devra très bientôt, à la fin de l’année, déterminer sa politique énergétique et climatique à l’horizon 2030.

Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, je vous demande de placer la COP21 au cœur de vos priorités. Le ministre des Affaires étrangères vous définira tout au long de la journée, comment y parvenir.

Je voudrais conclure sur l’enjeu majeur que représente l’Europe pour notre pays. Lors des élections européennes, pas simplement en France, mais notamment en France, les citoyens ont exprimé leur défiance, mais aussi leurs exigences.

La réponse, c’est que l’Europe doit changer. Elle doit remettre en cause un certain nombre de politiques, clarifier son organisation, retrouver le soutien des peuples… et surtout gagner la bataille de la croissance et de l’emploi. Pourquoi ?

Parce qu’un jeune sur quatre en Europe est au chômage. Parce que la reprise est trop faible. Parce que l’inflation est trop basse. Parce que l’Euro est trop cher. Parce que l’Europe est menacée par une longue et peut être interminable stagnation, si nous ne faisons rien.

Agir, c’est le faire d’abord à l’échelle nationale. C’est ce que la France fait. Elle n’a pas attendue la réorientation de l’Europe, même si elle y travaille, pour faire ses réformes. Ces réformes sont engagées. Elles portent dans de nombreux domaines, avec le souci de la compétitivité et de la justice.

Mais ces réformes que l’on appelle structurelles doivent avoir ce but : améliorer la performance économique et sociale de nos pays. Ces réformes ne pourront marcher que si l’Europe se mobilise aussi et crée un contexte. Les deux sont liés. N’attendons pas tout de l’Europe, mais ne pensons pas que ce seront seulement les réformes structurelles (nécessaires, indispensables) et la réduction du déficit public (que nous devons poursuivre) qui suffiront. Il faut qu’il y ait un esprit, une coordination et également des choix.

La BCE a commencé à agir. Mais beaucoup dépendra de la façon dont les banques saisissent ces liquidités de la BCE et les mettent à disposition de l’économie des moyens de financement et des liquidités qui seront mises à la disposition des banques pour financer l’économie. Nous vivons quand même un paradoxe, jamais les taux d’intérêts n’ont été aussi bas. Je ne parle pas des taux d’intérêts français qui sont historiques. On est aujourd’hui à 1,30 sur les marchés, avec un écart entre les taux français et les taux allemands de 0,3. Jamais cela n’a été aussi bas.

Apparemment, tout va bien. Les capitaux s’investissent, les taux d’intérêts sont bas, mais l’investissement tarde, pourquoi ? Parce que le canal de transmission n’est pas automatique. Il y a un problème de transmission de la politique monétaire, pourtant très favorable au crédit, aux entreprises qui n’accèdent pas suffisamment à ces crédits. C’est pourquoi, je réunirai au mois de septembre les Assises du financement pour l’investissement, pour que nous puissions avoir davantage de mobilisation pour l’investissement.

La BCE prend ses responsabilités. Mario DRAGHI a fait des déclarations. Je ne vais pas les interpréter parce que cela ne serait pas forcément lui rendre service et nous rendre service par la même occasion. Mais en même temps, elle peut, comme elle en a parlé, aller plus loin si nécessaire. Les pays qui connaissent la reprise la plus forte, je pense aux Etats Unis, ont une politique monétaire qui a été un très fort soutien à l’activité.

A côté de la politique monétaire, il faut une politique budgétaire qui doit jouer un rôle important et tenir compte des situations conjoncturelles, ce que l’on appelle les circonstances exceptionnelles. Est-ce que l’on est dans une circonstance exceptionnelle ? Oui : stagnation (même s’il y a une reprise, elle est trop faible) et inflation faible. Certain parlent de déflation, nous n’en sommes pas là.

Là aussi, il y a une situation assez curieuse. C’est que nous nous plaignons de l’inflation faible, et les Français de la vie chère... Les deux sont vrais. C’est-à-dire que le taux de croissance des prix peut être effectivement bas et, en même temps, le sentiment que certains prix sont trop élevés, notamment pour les plus fragiles, existe. Nous devons faire en sorte qu’il puisse y avoir une prise en compte de ces situations dans la conduite de la politique budgétaire de chacun des pays. Le rythme de réduction des déficits doit donc être compatible avec les objectifs de croissance et la situation de faible inflation.

L’Europe doit faire aussi davantage, elle doit relancer ses investissements, portés d’ailleurs sur les priorités essentielles : les infrastructures, la recherche, l’innovation, la formation, l’environnement. Jean-Claude JUNCKER a annoncé 300 milliards euros, avec des investissements publics et des investissements privés. Là aussi, nous ferons en sorte que ce plan-là puisse être non seulement confirmé mais mis en œuvre. Et que cela puisse être fait dans les meilleurs délais.

C’est la position que je défendrai lors des prochains Conseils européens : une nouvelle initiative de croissance et une pleine utilisation des flexibilités dans le rythme de réduction des déficits, dans le respect des règles européennes mais avec tout ce qu’elles permettent.

Je proposerai qu’un sommet de la zone euro puisse être réuni dans les meilleurs délais pour prendre les décisions nécessaires.

C’est l’intérêt de l’Europe car c’est sa place dans l’économie mondiale qui est en cause. Nous ne pouvons pas être regardés comme un continent qui aurait la plus faible croissance du monde et qui serait le seul continent à ne pas vivre la reprise économique.

Le changement en Europe, ce sont aussi des politiques d’avenir : une politique de l’énergie pour réussir la transition, une politique du numérique pour rattraper le retard qui a été pris, pour constituer des leaders à l’échelle mondiale et pour respecter et faire respecter ce qu’on appelle les données personnelles.

Et puis le changement en Europe, c’est d’avoir aussi des exigences de transparence et de réciprocité dans les négociations internationales et notamment pour le traité transatlantique. C’est cette exigence de transparence et de réciprocité que j’ai portée auprès de la Commission européenne avec nos amis italiens.

Enfin le changement en Europe, c’est une meilleure surveillance des frontières extérieures de l’espace Schengen et notamment en Méditerranée. Le ministre de l’Intérieur a pris une décision, à ma demande, avec l’Italie pour faire en sorte que nous puissions éviter les drames qui se produisent en Méditerranée. Nous devons faire en sorte qu’il y ait un renforcement de ce que l’on appelle « Frontex » - organisation, protection, surveillance des frontières - mais aussi que, dans l’espace européen, nous préservions la libre circulation des personnes.

Les institutions européennes auront à s’organiser par rapport à ces priorités. Jean-Claude JUNCKER, nouveau Président de la Commission, présentera bientôt son collège des commissaires. J’ai désigné Pierre MOSCOVICI pour être le commissaire français. Et j’ai demandé au Président, qui a toute liberté pour composer son équipe, qu’il puisse avoir une responsabilité économique dans cette Commission. A lui ensuite de faire ses choix.

La France continuera à tenir son rôle en Europe. Pour l’Europe, pas simplement pour la France, même si la France ne peut pas être regardée comme un pays qui ne serait qu’un pays d’Europe. Nous sommes la deuxième économie de l’Europe, nous sommes la nation qui consacre le plus à son effort de défense en Europe. Nous sommes le pays qui a une politique extérieure qui est à la fois conforme aux délibérations européennes, mais qui prend des initiatives. Nous devons donc avoir la place en Europe qui correspond à notre statut.

Mais nous sommes aussi lucides : l’Europe à 28, peut-être demain davantage, doit changer ses modes de décisions et son organisation. J’ai plaidé, et je continuerai de le faire - des discussions vont avoir lieu puisque certains pays veulent se désengager de l’Union européenne - pour qu’il y ait une union différenciée. Que ceux qui veulent aller plus vite, plus loin, notamment dans le cadre de la zone euro, puissent avoir une organisation qui puisse être adaptée à cette exigence d’agir. C’est ce modèle-là qui permettra de donner à la construction européenne son sens et peut-être sa légitimité aux yeux de nombreux peuples.

Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, j’ai insisté sur la gravité des menaces. Je ne veux pas ici, assombrir encore le tableau, inquiéter nos compatriotes mais en même temps, rien ne serait pire que de faire croire que le monde n’est pas dangereux. Il l’est. Il n’est pas simplement dangereux, brutal, et parfois cruel pour les peuples qui subissent les conflits 180 000 morts en Syrie, c’est sans doute un des drames les plus importants de l’après-guerre... Ce qui se passe à Gaza depuis maintenant trop d’années. Ce qui risque de se produire en Irak, avec l’extermination d’un certain nombre de minorités. Ce qui peut dégénérer en Afrique. Ce qui peut prospérer, le terrorisme, partout et avec ses filières et ses ramifications. Nous pouvons déplorer, nous devons agir.

Nous devons dire aux opinions publiques et je pense aux Français, que la meilleure protection, la meilleure sécurité, c’est de traiter les problèmes, c’est de ne pas les ignorer. La tentation existe, je la connais, de dire, tout cela ne nous regarde pas, tout cela est trop loin. Pourquoi allons-nous nous mobiliser en Afrique ou ailleurs. Est-ce bien là notre place ? A-t-on encore les moyens, les ressources de le faire ? Faut-il dépenser de l’argent alors que d’autres ne font rien ? Je sais bien que ces discussions ont lieu dans un certain nombre de familles, je ne parle pas que des familles politiques. Mais ce serait la pire des attitudes, le pire des comportements. Faire comme si tout cela n’existait pas.

Il y a 100 ans, l’Europe plongeait le monde dans un siècle d’horreurs. 100 ans… Un ouvrage d’un historien australien, qui a défrayé la chronique, décrit l’enchaînement qui a conduit à cette catastrophe. Il s’appelle Les Somnambules. Somnambule, cela veut dire marcher mais ne rien voir : être apparemment réveillé mais dans un profond sommeil. C’est un risque qui peut, individuellement, ne pas nous concerner, mais collectivement parfois nous toucher. Ne soyons pas des somnambules qui marchent comme si le monde n’existait pas. Restons éveillés, vigilants, c’est ce que l’histoire nous a appris.

Notre politique étrangère va bien au-delà de nos intérêts. Elle a vocation à être utile au monde tout entier. C’est pourquoi, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs, vous jouez un rôle très important. Vous êtes des acteurs décisifs de notre politique. Je veux saluer, à la fois, ce que vous faites et en même temps tous les fonctionnaires français qui sont en poste à l’étranger et qui œuvrent pour le rayonnement de la France.

Alors ensemble, avec courage, menons toutes les batailles nécessaires. Celles de la sécurité, du développement, de l’environnement, de la croissance, mais surtout menons le combat de la paix. C’est celui que la France a toujours mené. Et c’est ce qui fait collectivement, notre honneur et notre fierté.

Vive la République et vive la France !"

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Discours de clôture de Laurent Fabius (29 août 2014)

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M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international

"Mesdames et Messieurs les ministres et parlementaires,
Mesdames et Messieurs les présidents,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,

Sur le plan international, 2014 restera comme l’été de toutes les crises.
Gaza, l’Irak, la Syrie, l’Ukraine, la Libye, le Sahel, la RCA, d’autres encore, des conflits meurtriers qui nous concernent d’autant plus qu’ils interviennent dans des parties du monde où la France est traditionnellement active. Ils s’ajoutent à d’autres crises - crise sanitaire avec la fièvre Ebola, crise climatique avec les dérèglements liés aux gaz à effet de serre, crise économique avec l’atonie européenne - qui contribuent à nourrir dans l’opinion un sentiment de « paninquiétude », renforcée par la mondialisation des médias.
D’aucuns nous expliquent avec assurance soit qu’il n’y aurait pas lieu de s’alarmer, soit au contraire que nous sommes à l’été 1914. Les comparaisons historiques garantiraient la suite. Non ! Outre le fait que les prétendus « enseignements de l’histoire » n’enseignent en réalité pas grand-chose, nous devons nous arrêter sur l’ampleur, l’origine, la nature de ces crises, et surtout sur nos réponses, si nous voulons exercer notre mission, car cette mission est d’agir (nous sommes des acteurs, pas des commentateurs) pour servir à la fois les intérêts de notre pays et ceux de notre planète. Hier, devant vous, le président de la République et le premier ministre ont largement exposé ces réponses.

* * * *

Pourquoi tant de crises et tant de crises à la fois ? J’y vois au moins trois explications générales. La première, « la dépolarisation du monde ». Vous m’avez déjà entendu souligner que nous étions passés du monde bipolaire de l’après-guerre (quand les États-Unis et l’URSS s’affrontaient mais contrôlaient ensemble les crises) à un monde unipolaire après la chute du mur de Berlin (quand les États-Unis faisaient la loi), pour connaître désormais un monde zéropolaire, aux repères idéologiques brouillés, dans lequel des puissances majeures existent (anciennes ou nouvelles), mais sans qu’aucune d’elles, seule ou en alliance stable avec d’autres, ne maîtrise vraiment les crises. Eh bien, nous y sommes ! Autant la volonté politique de la France est d’agir pour aller demain vers un « monde multipolaire organisé », autant nous devons constater qu’aujourd’hui les conflits s’additionnent et se nourrissent les uns les autres.

La guerre américano-britannique d’Irak et l’intervention en Afghanistan ont dispersé Al-Qaïda à travers le monde. Ses métastases au Sahel ont renforcé des mouvements plus anciens et généré de nouveaux. Le désordre - le mot est faible - en Libye a nourri le terrorisme en Afrique, cependant que la Syrie est devenue un champ de bataille entre dictature et djihadistes, ceux-ci et celle-là contribuant à la montée de l’État islamique en Irak. Faute de puissance(s) réellement régulatrice(s), ce monde dépolarisé est un monde de tous les dangers.

Une deuxième explication globale est ce que j’appellerai « l’éclatement de la puissance ». De nouveaux États revendiquent - souvent avec raison - une place accrue. Les États ne détiennent plus le monopole de la force. Certains n’en n’ont plus que le nom, résultat de décennies de mal-gouvernance qui les ont fragilisés, qui ont bloqué le développement et attisé les frustrations des peuples, constituant un terreau très favorable aux radicalisations et aux conflits. Cependant que l’État Islamique en Irak et au Levant (EIIL), ce califat de la terreur et de la haine, s’arroge, lui, des pouvoirs super-étatiques en matière de finances, de justice, d’armée, de pensée et de vie ou de mort. La société internationale se retrouve ainsi confuse, mélangée, avec ses notables traditionnels, ses nouveaux riches, ses mafias, ses milices, ses groupes interlopes et ses hors-la-loi. Cet éclatement de la puissance paralyse les mécanismes traditionnels de sécurité collective, particulièrement le Conseil de sécurité des Nations unies qui n’exerce pas suffisamment assez son rôle de « juge de paix ». Si l’on rapproche les deux phénomènes - la dépolarisation du monde et l’éclatement de la puissance -, la situation internationale actuelle peut se résumer ainsi : davantage de forces à contrôler au plan international et moins de forces pour les contrôler.

S’y ajoute une troisième explication globale qui repose sur la « dispersion de la capacité destructrice ». C’est vrai sur le plan nucléaire : de là l’importance que nous attachons à la négociation sur le nucléaire iranien, qui va bientôt se terminer. Plus généralement, pour des raisons notamment technologiques, des groupes et même des individus peuvent bien plus facilement qu’hier acquérir, amplifier et projeter leur propre capacité destructrice. Les attentats effroyables de New York le 11 septembre 2001 avaient été réalisés avec des moyens limités, y compris financiers : songez aux dégâts que rend désormais possibles la puissance de militaire Boko Haram au Nigéria, et surtout, treize ans après New York, l’utilisation par le groupe EIIL de moyens financiers, militaires et d’enrégimentement incomparablement supérieurs ! Ces groupes sont d’ailleurs de natures diverses : certains - je ne parle pas d’EIIL - peuvent porter des revendications légitimes, même si leurs moyens ne le sont en aucun cas. D’autres développent des thèses et des pratiques totalement inacceptables. Les États installés qui sont mais qui sont divisés, éprouvent beaucoup de difficultés à pouvoir engager un dialogue avec les premiers et à combattre efficacement les seconds.

Ce sont, telles que je les analyse, des causes générales. Mais s’y ajoutent des situations régionales particulières. Pour m’en tenir au Moyen-Orient, le conflit israélo-palestinien, sans cesse recommencé, alimente dans le drame un terreau permanent d’affrontements. L’opposition entre sunnites et chiites contribue aux conflits, elle se double de rivalités internes et favorise des attitudes ambiguës. Les printemps arabes, facteurs d’espérance à l’origine, ont placé plusieurs pays devant un choix impossible - pour schématiser ou dictature ou terrorisme -, là où la solution souhaitable serait un régime modéré, « à la tunisienne », inclusif, respectueux des droits humains et porteur de progrès. Ajoutons-y les contradictions et les hésitations de la communauté internationale et de plusieurs de ses dirigeants, certaines interventions militaires justifiées et d’autres non, en tous cas rarement suivies du long accompagnement politique indispensable, ajoutons-y la marée misérable des déplacés et des réfugiés, la contagion des problèmes transfrontières, la pauvreté persistante des peuples contrastant avec l’insolente richesse de dirigeants … Tout cela ajoute des crises aux crises, face auxquelles le simplisme mortifère et connecté du nouveau terrorisme constitue une menace terrible non seulement pour les pays directement concernés, mais pour le monde entier, donc pour la France.

* * * *

Dans cette situation, quelles orientations retenir ? J’écarte d’emblée deux attitudes de politique étrangère qui constitueraient deux erreurs. « La tentation neutraliste », encouragée par celles et ceux - il y en a - qui, flattant un prétendu bon sens populaire, protestent dès que la France s’engage, insistent sur les inconvénients (qui existent toujours), mais oublient que la plupart des crises emportent des conséquences mondiales et que notre pays ne pourrait prétendre demeurer un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, un pilier de l’Union européenne, ou simplement un pays indépendant et influent, si nous laissions systématiquement à d’autres le soin d’agir. L’autre erreur serait la « tentation gesticulatoire », laquelle comporte aussi ses pratiquants, soit par réflexe d’opposition, soit par une sorte de seconde nature. Ni neutraliste ni gesticulatoire, la politique extérieure de la France doit être volontaire et réfléchie. Elle se donne comme ambition de servir les grands objectifs qui s’accordent avec nos intérêts propres et avec notre vision du monde.

Le premier de ces grands objectifs, c’est la paix et la sécurité. Porté par les commémorations du centenaire de la Guerre de 14 et du soixante-dixième anniversaire du Débarquement, le souvenir rejoint ici les tensions du présent. Je le disais en commençant : rarement avons-nous connu une telle accumulation de dangers, face auxquels la France doit être et est une puissance de paix. Mais la paix n’est pas le pacifisme, et la sécurité n’est pas la neutralité. D’où le choix par le président de la République de l’action, parfois de l’intervention, dès lors que celles-ci sont nécessaires et conformes au droit international, par exemple au Mali ou en Centrafrique. D’où aussi notre appui concret aux populations aujourd’hui pourchassées en Irak. D’où notre action diplomatique globale, aussi bien la préparation d’une prochaine Conférence internationale pour la sécurité en Irak et contre l’EIIL qu’en Asie du Sud-Est avec l’effort constant pour apaiser les tensions, à l’Est de l’Europe pour encourager la désescalade entre Russes et Ukrainiens. Je veux dire, ayant été informé des derniers développements, qu’il faut que cessent les bruits de bottes russes dans l’Est ukrainien. D’où aussi notre action constante pour rechercher une paix durable entre Israël et les Palestiniens, qui passe par la solution des deux États à laquelle la France réaffirme son attachement, ce qui signifie qu’il faudra bien, à un moment, reconnaître l’État palestinien. Mesdames et messieurs, à chaque fois qu’une question est posée au président de la République, au gouvernement, à moi-même, concernant un choix majeur de politique extérieure, notre réponse est dictée par cet objectif central : la sécurité et la paix.

Notre deuxième grand objectif, c’est l’organisation de la planète et sa préservation. L’an prochain verra le soixante-dixième anniversaire de la fondation des Nations unies : nous plaiderons plus que jamais pour une société internationalement mieux régulée, sur les plans politique, économique, social et environnemental. De là notre appui constant à l’ONU, qui doit être réformée afin d’être plus représentative et efficace. De là aussi notre proposition, qui peut paraître utopique, mais l’utopie du moment est la réalité du lendemain, à laquelle une séance spéciale sera consacrée lors de la prochaine Assemblée générale, d’une auto-suspension volontaire par les 5 membres permanents de leur recours au veto en cas de crimes de masse. De là également notre attention constante aux droits de l’Homme, à travers notamment notre campagne permanente pour l’abolition universelle de la peine de mort. De là notre mobilisation, malgré les contraintes budgétaires, en faveur de l’aide au développement et de la solidarité, par exemple pour lutter contre l’épidémie Ebola.

Nous agissons pour une meilleure et plus juste organisation de la planète, mais aussi, pour la préservation de la planète : ce sera en 2015 la mission principale de notre diplomatie et sans doute la tâche principale de ce quinquennat, avec la présidence à nous confiée de la COP 21. Notre but ? Un accord universel juridiquement contraignant, plus une série d’engagements nationaux, plus un paquet financier comprenant notamment la dotation du Fonds vert pour le Climat, et enfin un encouragement, un recensement des initiatives prises à travers le monde par les communes, les régions et les grandes entreprises ou branches économiques afin de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre responsable du dérèglement climatique. L’idéal serait que ces 4 volets puissent composer l’an prochain une véritable « Alliance de Paris pour le Climat » qui marquerait, si nous y parvenons, l’entrée de notre planète dans un nouveau modèle de développement, porteur de transition écologique et de croissance verte.

Le troisième objectif de notre politique étrangère est la relance et la réorientation de l’Europe, responsabilité spécialement assurée à mes côtés par le secrétaire d’État Harlem Désir. Dans quelques jours, de nouveaux responsables européens seront choisis. Ils se mettront au travail avec le nouveau Parlement. Les résultats des élections européennes d’une part, l’analyse objective de la situation européenne d’autre part, montrent combien des changements très importants sont nécessaires dans l’orientation économique, sociale, environnementale et dans la gestion même de l’Union. Ces changements, nous ne les concevons nullement comme un substitut aux réformes que doit mener la France, mais comme un complément indispensable. Puisqu’il y a débat, je veux être encore plus clair : l’amélioration de notre attractivité nationale, la politique française du logement, de la formation ou de l’apprentissage, la simplification de nos règles, la réforme de notre État et de nos collectivités locales, la nécessité publique de dépenser moins et d’investir plus, pour ne citer que ces quelques domaines, ne dépendent en rien de Bruxelles : Paris doit prendre ses responsabilités afin de poursuivre les changements indispensables. En revanche, dans une Europe économiquement atone avec une demande déprimée et 25 % des jeunes au chômage, relèvent spécialement de l’Union par exemple le soutien aux investissements, une gestion active de la politique de change, l’adoption d’une nouvelle stratégie énergétique ou d’une nouvelle politique de la concurrence. Oui, tout cela relève de l’Union et doit fortement être réorienté. Quant à la politique extérieure de l’Union, nous la souhaitons et nous la soutenons car, contrairement à ce que je lis parfois, nous la voulons active, vigoureuse, ambitieuse même, nous demandons qu’elle s’intéresse à la fois au Sud et à l’Est, à tous les continents, et qu’elle sache accompagner la France, comme la France doit savoir l’accompagner.

Notre quatrième et dernier grand objectif extérieur concerne le rayonnement et le redressement économique de notre pays. Bien sûr, ce sont les entreprises qui créent les richesses, mais vous aussi, représentants de l’État, vous êtes comptables du redressement économique, et les réformes apportées au Quai d’Orsay ces derniers temps doivent faciliter l’action en ce sens. Notre compétitivité nationale doit s’améliorer en Europe ainsi que hors d’Europe. Le secrétaire d’État, Thomas Thévenoud, aura notamment pour mission, avec vous tous, de se concentrer sur le redressement du commerce extérieur. Lorsqu’on mesure par exemple notre déficit massif avec l’Allemagne (le deuxième du monde après la Chine) ou bien notre déficit de 1,5 mds d’euros pour le seul secteur agro-alimentaire avec les Pays-Bas, ou encore les efforts qui nous restent à accomplir par rapport à l’Asie, au Brésil ou aux pays du Golfe - je pourrais allonger la liste -, chacun de vous est concerné. Il n’y a pas de « petit » poste. Il n’y a pas de déficit incompressible ou d’excédent satisfaisant. Notre mot d’ordre, c’est la mobilisation générale et ordonnée. Ce redressement économique, souhaité et soutenu par nos compatriotes français à l’étranger, doit être aidé par tous les autres outils dont nous disposons pour notre rayonnement. Inversement, il constitue la meilleure contribution qui puisse être apportée à ce rayonnement. C’est en cela aussi que notre diplomatie est globale.

Mesdames et Messieurs,
Pour atteindre ces quatre objectifs, je parlerai volontiers d’une méthode ou même d’un style de notre diplomatie : décider, décider juste, décider ensemble et décider fermement.

Décider, c’est-à-dire éviter le piège du fatalisme ou de la résignation. Les États - je l’ai relevé - ne peuvent plus tout faire et tout faire seuls, mais ils restent au centre de l’action, parce qu’ils sont encore les principaux dépositaires de la légitimité, y compris pour l’usage de la force, et les garants de la stabilité. Lorsque la France décide d’intervenir au Mali ou en Centrafrique, lorsqu’elle décide de voter pour que la Palestine devienne un État observateur non-membre de l’ONU, lorsqu’elle décide de soutenir l’opposition modérée en Syrie à la fois contre les groupes terroristes et contre la dictature de Bachar Al-Assad, dont je note en passant qu’il les a longtemps encouragés et qu’il n’est pas devenu notre partenaire sous prétexte qu’il les combattrait maintenant, lorsqu’elle décide de réorienter son action et ses moyens diplomatiques vers les États asiatiques, africains et sud-américains, lorsqu’elle décide de renforcer l’armée libanaise garante de l’unité de ce pays ami, ou de livrer des armes en Irak pour résister à la menace terrible qui frappe les minorités, à travers toutes ces décisions et beaucoup d’autres la France ne se résigne pas, elle ne s’aligne pas, elle contribue à la sécurité, à la stabilité et au progrès.

Décider juste - c’est une deuxième exigence -. Dans ce domaine, il n’existe malheureusement pas de certitude absolue. Au moins sait-on que les coûts associés à toute action augmentent à mesure qu’on tarde pour la décider : ainsi de la crise de l’Euro. La procrastination ou l’inaction envoient de mauvais signaux à ceux, ils sont nombreux, qui guettent pour bafouer le droit, violer les frontières, défier l’ordre mondial ou, plus simplement, porter atteinte à nos intérêts. Qui dira par exemple l’impact qu’a exercé la renonciation aux frappes contre Bachar Al-Assad fin août 2013 sur le comportement ultérieur du président russe en Crimée ou dans l’est ukrainien ? En même temps, décider juste implique de comprendre qu’aucun acteur étatique ou multilatéral n’a plus désormais la capacité d’imposer seul et de l’extérieur les réformes nécessaires aux gouvernements pour qu’ils reprennent la main. Les grands exercices de remodelage menés de l’extérieur après les deux guerres mondiales ou la décolonisation ne sont plus possibles : Libye, Syrie, Irak, Ukraine, Bosnie, Centrafrique, les progrès se feront à la fois par une approche internationale et, au cas par cas, avec les parties prenantes de l’intérieur. Décider juste, c’est favoriser ces progrès et les accompagner.

Une troisième exigence doit être de décider collectif. Il nous faut travailler de plus en plus en réseau. Le réseau européen : le multilatéralisme organisé que nous recherchons a besoin d’une Europe qui s’affirme. Le réseau francophone, qui doit être lui aussi mobilisé. Le réseau euro-arabe. Le réseau du P3 (les États-Unis, le Royaume-Uni et la France). Le réseau du P5. Le réseau de l’Alliance Atlantique. Le réseau du G20 et du G8 devenu, de plus en plus, le G 7. Le réseau des ONG. Le réseau des collectivités territoriales. Il nous faut diversifier nos réseaux d’influence et nos effets de levier, sachant que la France dispose d’un atout exceptionnel et reconnu : son indépendance politique et son souci de l’universel.

Enfin, décider ferme. L’exemple en est donné par nos choix en matière de lutte contre le terrorisme et je salue tous les services qui mènent cette lutte de manière remarquable. Nous menons cette lutte sur le plan intérieur et sur le plan extérieur. La communauté internationale doit pratiquer d’urgence contre le terrorisme une lutte coordonnée et sans faiblesse, en particulier contre le désormais fameux « État islamique ». Une action de force, par des moyens de renseignement et militaires. Une action financière, en asséchant les sources. Une action politique, au nom de l’unité et de l’intégrité des pays concernés. Une action sociale, en soutenant les populations déshéritées et en les éloignant de cette monstrueuse excroissance. Une action régionale, une action européenne, qui a vocation à être partagée par la communauté internationale tout entière, y compris la Chine et la Russie. Cette stratégie ferme et coordonnée est indispensable, dès lors que ce groupe ne vise ni plus ni moins qu’à soumettre ou tuer tous ceux qui ne pensent pas comme lui.

* * *

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Il y a quelques mois notre maison a connu un changement de dénomination et de périmètre. Vous l’avez pleinement assumé. Le ministère des affaires étrangères et du développement International est désormais en charge, outre ses attributions traditionnelles, du commerce extérieur et de la promotion du tourisme. Cette extension, que j’ai souhaitée, vient compléter une évolution entamée depuis 2012 : déjà à l’époque la suppression du ministère de la coopération au profit d’une compétence géographique étendue du Quai d’Orsay, le plein rattachement à notre Département à la fois des affaires européennes, du développement, de la francophonie et des Français de l’étranger, l’accent mis sur la diplomatie économique sous l’impulsion de Jacques Maire, tout cela avait amorcé le changement. La nouvelle dénomination du ministère et les actions concrètes que nous conduisons et allons conduire complètent cette orientation : le Quai d’Orsay devient ainsi le ministère de l’action extérieure de l’État avec les outils correspondants, cependant que vous êtes vous-mêmes, dans chaque pays, les premiers acteurs et coordonnateurs uniques de notre diplomatie globale.

S’agissant du ministère, sa compétence économique et financière est confirmée. Pour la raison simple et évidente qu’il n’existe pas désormais de rayonnement politique durable sans redressement économique, et que celui-ci dépend à la fois de notre dynamisme à l’étranger et de l’attractivité de notre propre territoire. Concrètement, le commerce extérieur relève de notre maison, le tourisme également, une convention pratique a été passée entre le secrétaire général du Quai d’Orsay et le directeur général du Trésor, cependant qu’Ubifrance et l’AFII fusionnées, ainsi qu’Atout France, sont désormais placés sous notre co-tutelle. Il en ira de même pour le grand opérateur de l’expertise technique internationale qui verra bientôt le jour. Désormais, dans chaque direction géographique de notre Ministère, le directeur-adjoint sera directement responsable de l’économie.

Succédant à Pierre Sellal, que je félicite pour son action, le nouveau Secrétaire général du Quai d’Orsay, Christian Masset, auquel je souhaite plein succès, y veillera. Et le connaissant je sais qu’il réussira. Et j’ai nommé Rémy Rioux, venu de Bercy, comme Secrétaire général adjoint spécialement chargé de suivre la transversalité de notre action économique. Pour le tourisme, qui est un secteur majeur, un conseil de promotion du tourisme se tiendra désormais régulièrement sous ma présidence, le président Délégué en sera votre ancien collègue Philippe Faure. Ce conseil comprendra les ministres et secrétaires d’État concernés par le tourisme ainsi qu’une vingtaine de personnalités spécialistes de ces questions. Il tiendra sa première réunion mercredi prochain. Une conférence nationale du tourisme réunira chaque année l’ensemble des professionnels.

Mais attention, il ne faut pas qu’il y ait confusion. Cette diplomatie économique ne doit en aucun cas nous conduire, vous conduire à négliger les autres aspects, tout aussi nécessaires à notre diplomatie globale. C’est en effet une caractéristique de votre action - et un de ses exceptionnels intérêts - que de devoir être multifacette. Chaque discipline renforce l’autre. La diplomatie stratégique est essentielle (les alliances, la sécurité, les partenariats politiques…), mais le sont aussi la diplomatie culturelle et éducative (les échanges d’étudiants, le développement de la francophonie, les années croisées, notre audiovisuel extérieur…), la diplomatie scientifique, la diplomatie sportive et la diplomatie économique. Nous devons jouer, vous devez jouer, sur la pluralité des registres. La France possède le premier réseau culturel du monde, le troisième réseau diplomatique, elle est le pays qui accueille le plus de touristes étrangers, notre langue est un atout universel, notre aide publique au développement nous situe parmi les premiers, notre expertise également : tout cela participe à notre action extérieure. Le ministère en est la plaque tournante et vous, mesdames et messieurs les ambassadeurs, vous en êtes les premiers relais et les premiers acteurs. C’est cette diplomatie, globale par son champ géographique et disciplinaire, que la République vous confie.

Avec des priorités particulières pour la période qui vient. J’ai rappelé les objectifs généraux de notre politique extérieure : paix et sécurité, organisation et préservation de la planète, relance et réorientation de l’Europe, rayonnement et redressement économique de la France. Dans ce cadre, comme ambassadeurs - c’est là-dessus que je terminerai - je vous fixe pour la période qui vient cinq tâches spécifiques qui devront faire l’objet de votre part d’initiatives et d’évaluations permanentes, en tenant compte de la diversité des postes. Dans l’ancien temps, les artistes signaient leurs œuvres de leur nom et ajoutaient parfois le mot latin « fecit » : un tel a fait. Eh bien, c’est un peu la même démarche que je vous propose, moins artistique sans doute, mais aussi précise.

D’abord F, pour francophonie. La pratique du français dans les écoles, dans les universités, dans les médias, dans la société : vous en êtes comptables. La secrétaire d’État Annick Girardin a fixé des orientations claires. Le Sommet de la francophonie se tiendra à Dakar en novembre. Jacques Attali vient de remettre ses propositions, très stimulantes. J’attends de vous que vous agissiez par et pour la francophonie au sens large, c’est-à-dire aussi bien à travers nos échanges culturels et d’étudiants, nos Instituts, nos Alliances françaises, nos enseignements, nos artistes, nos scientifiques, nos industries culturelles et créatives, notre politique de développement, tous outils excellents de rayonnement. J’attends de vous que progresse la francophonie du pays dont vous avez la charge et que cela soit pour vous une préoccupation permanente. L’un de nous avait hier une formule heureuse : « la culture, ce n’est pas ou pas seulement un divertissement, disait-il, c’est un avertissement », oui un avertissement que l’autre existe, que la vraie richesse naît de l’échange, que l’uniformité, l’enrégimentement, l’obscurantisme ne sont pas fatals. Eh bien, la francophonie telle que nous l’entendons, la langue, la culture, les échanges et les valeurs francophones, constituent aussi cet avertissement.

E, pour entreprises, qu’il s’agisse des entreprises françaises à l’étranger ou de l’inverse - surtout les entreprises moyennes venant de France car c’est là que le bât blesse. Votre porte doit toujours être ouverte pour elles, mais n’attendez pas qu’elles se présentent à vous ou à vos services : avec les outils concernés et qui sont désormais réformés et coordonnés, vous devez être à l’initiative, afin que se rétablisse le plus vite possible notre balance extérieure - vrai juge de paix de notre compétitivité. Cela passe par une action quotidienne de votre part en direction des entreprises. Je ne vous demande pas d’expliquer pourquoi notre place économique n’est pas meilleure, je vous demande d’agir pour qu’elle soit meilleure.

C, pour climat, car, comme cela a été indiqué, le dérèglement climatique sera en 2015 le thème de la grande conférence de Paris. Environ cinquante mille participants (25 000 délégués et 25 000 autres personnes). L’objectif est de limiter la hausse des températures à 2° en décarbonant les activités. Après le sommet ONU du 23 septembre et à la suite de nos amis péruviens en décembre 2014, la présidence de « Paris Climat 2015 » nous sera confiée, à notre maison en particulier. La tâche est complexe et enthousiasmante. Sur la base des orientations qui vous seront données, vous aurez pour mission de préparer cette conférence auprès de chacun de vos pays de résidence, de signaler les difficultés, de faciliter les accords, de promouvoir la solidarité afin d’accompagner les pays les plus vulnérables. Le monde compte sur le réseau diplomatique français pour éviter le chaos climatique.

I, pour investissements, singulièrement les investissements étrangers en direction de la France. Par vos fonctions, par votre entregent, vous êtes les mieux placés pour favoriser les investissements sur notre sol des personnes physiques ou morales de votre pays d’affectation. Ce doit être une préoccupation constante de votre part ainsi que des services placés sous votre autorité : un peu moins de macroéconomie mais davantage de microéconomie, d’investissements, de créations d’entreprises et d’emplois en France. Vous agirez en liaison notamment avec l’AFII et Ubifrance fusionnées, avec la direction compétente du Quai d’Orsay, avec la direction générale du Trésor, avec les régions. À vous de prendre toutes les initiatives souhaitable et de veiller à leur concrétisation.

Enfin, T pour tourisme, secteur décisif, qui peut encore beaucoup progresser et apporter à notre pays davantage de devises et d’emplois non délocalisables. Je vous demande d’être très dynamiques dans ce domaine, en facilitant l’octroi plus rapide de visas, en assurant la promotion des destinations et des atouts français, en étant attentifs aux transports et à l’accueil, etc… Là aussi, un objectif : l’amélioration de nos résultats. Dans la plupart des pays, européens ou non, le tourisme va se développer en lien avec l’élévation du niveau de vie et avec la mondialisation des échanges. Aujourd’hui 1 milliard de touristes, dans une quinzaine d’années 2 milliards : nous devons, outre les touristes français qui sont majoritaires, capter le plus grand nombre possible de visiteurs étrangers par rapport à nos concurrents, bien les accueillir, leur faire découvrir puis savourer la diversité de nos régions et de nos atouts en métropole et Outre-mer. Ce secteur a longtemps été considéré comme marginal (d’où l’expression française triviale et malheureusement révélatrice : « celui-là, c’est un touriste ») : énorme contre-sens ! Le tourisme est par définition l’ambassadeur de la France. Nous le savourerons dès ce samedi sous l’angle gastronomique, avec « le déjeuner des ambassadeurs » que de grands chefs français prépareront pour vous et pour vos collègues ambassadeurs étrangers.
De même, le 19 mars de l’an prochain, la grande opération « Goût de France » pour plus de 1000 restaurants sur les 5 continents et dans toutes nos ambassades mettra à l’honneur le « repas à la française ». Le tourisme 2014 a été difficile, mais c’est peut-être le domaine qui peut apporter à notre pays les résultats les plus rapides et les plus spectaculaires. Son succès commence avec vous et chez vous. Je vous demande - il est des tâches plus pénibles ! - de vous en saisir sans délai.

* * *

Mesdames et messieurs les ambassadeurs,
Voilà votre feuille de route. Elle est vaste. Elle nécessite des moyens. Le Quai d’Orsay prend part, comme c’est normal, aux efforts de redressement des comptes publics, indispensables pour défendre la souveraineté de la France, mais il faut rester très attentifs - et je le suis dans les arbitrages - aux moyens dont nous disposons.
Cette feuille de route est exigeante. Exigence est d’ailleurs le mot-clé. Vous devez être exigeants avec vous-même car c’est ce qu’on attend d’un responsable. À cette condition, nous pouvons être exigeants avec nos collaborateurs, - nous le sommes - et je veux, quelle que soit leur fonction, leur rendre un hommage très particulier pour leurs hautes compétences et leur grand sens de l’État.

Le Quai d’Orsay est une institution magnifique et ses collaborateurs font honneur à notre nation. Nous sommes en train de renforcer cette maison et de l’adapter afin qu’elle remplisse pleinement son rôle au cœur du nouveau monde et du nouveau siècle. Sur vos épaules repose l’action extérieure de la France. Je vous félicite de ce que vous faites pour elle. J’ai une confiance totale en vous.

Merci !"

publié le 10/11/2015

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