Interview de M. Ludovic Pouille au Petitjournal Dubai

Le Petit Journal de Dubaï a rencontré l’ambassadeur de France aux Emirats Arabes Unis, Monsieur Ludovic Pouille, en poste depuis début juillet. L’occasion de faire un tour d’horizon de sa vision des relations avec la région, de l’implication de la vie culturelle francophone en marge de l’ouverture du Louvre Abu Dhabi et du rôle qu’il souhaite apporter au sein de la communauté française.

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Le Petit Journal de Dubaï : Quelles ont été vos premières impressions des EAU, d’Abu Dhabi et de Dubaï ? Qu’est-ce qui vous a le plus surpris, étonné ?

Ludovic Pouille : Ma mission a débuté, le 1er juillet, sous les meilleurs auspices. J’ai d’abord eu la chance d’emprunter le vol inaugural Paris-Abu Dhabi du nouvel A 380 de la compagnie Etihad et l’honneur de présenter mes lettres de créances, dès mon premier jour sur le sol émirien, à Son Altesse Cheikh Mohammed bin Rachid Al Maktoum, vice-président des Emirats arabes unis, premier ministre et gouverneur de Dubaï. Depuis quatre mois, je découvre avec intérêt l’alliance de la tradition, incarnée par les forts et l’oasis d’Al Ain remarquablement réhabilités, et de la modernité, symbolisée par les infrastructures développées en l’espace d’un demi-siècle : les gratte-ciels vertigineux, comme le Burj Khalifa, les grandes artères, des réseaux de transports efficaces, mais aussi les sites consacrés à la vie économique (le bouillonnant quartier d’affaires de Dubaï) et culturelle (l’île de Saadiyat en plein essor, le quartier des galeristes d’Alserkal).

J’ai aussi été impressionné, dès mes premiers jours ici, par les plus beaux exemples de la présence française aux Émirats Arabes Unis. Je pense au Louvre Abu Dhabi, premier musée universel du monde arabe, qui ouvrira ses portes le 11 novembre prochain, à l’Université Paris-Sorbonne Abu Dhabi, plus grande université francophone du Moyen-Orient, mais aussi à nos six établissements scolaires français, qui accueillent près de 10 000 élèves français, émiriens et étrangers, ainsi qu’aux forces françaises aux Émirats arabes unis, accueillies dans le cadre de notre accord de défense et qui reflètent l’excellence militaire française dans ses trois composantes.

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Quelle est l’ambition de la France aux EAU, son agenda ?

Ludovic Pouille : Les Émirats Arabes Unis sont un partenaire stratégique prioritaire pour la France : après avoir accueilli à Paris, dès le 21 juin 2017, le Prince-héritier d’Abu Dhabi, son Altesse Mohammed bin Zayed Al Nahyan, c’est ici que le Président de la République, Emmanuel Macron, effectuera sa première visite officielle dans la région, les 8 et 9 novembre prochain, accompagné de plusieurs ministres du Gouvernement français et d’une importante délégation de personnalités du monde économique et culturel. Cette visite très attendue marquera une étape historique de la relation franco-émirienne, avec l’inauguration du Louvre Abu Dhabi et d’autres annonces importantes pour la coopération éducative, économique et de défense que je vous laisserai découvrir.

De fait, depuis les élections en France, les visites officielles se sont succédées ces derniers mois dans de nombreux domaines : déplacements aux Emirats du Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, M. Jean-Yves Le Drian, le 16 juillet 2017, de la ministre de la Culture, Mme François Nyssen, le 6 septembre dernier, pour l’annonce de la date d’ouverture du Louvre Abu Dhabi, et de la ministre des Armées, Mme Florence Parly, les 28 et 29 octobre dernier, pour un déjeuner de travail avec le Prince-héritier d’Abu Dhabi, un hommage aux soldats émiriens morts au combat sur le mémorial de Wahat al-Karama et une visite aux Forces françaises aux Emirats Arabes Unis.

Les Émirats Arabes Unis sont résolument tournés vers l’avenir et la France dispose de très nombreux atouts pour accompagner cette stratégie, qu’il s’agisse des hautes technologies, des énergies renouvelables, de l’économie de la connaissance ou de l’espace.

Comme l’ont démontré nos quinze brillants jeunes médaillés lors de l’Olympiade des métiers « Worldskills » organisée cette année à Abu Dhabi (14-19 octobre 2017), la France a des talents qui méritent d’être mis en valeur à l’étranger.

En parallèle, les Émirats ont à cœur de valoriser et de transmettre un patrimoine. C’est là aussi une ambition à laquelle la France participe, grâce aux projets que nous menons ensemble dans le domaine archéologique, muséal et éducatif.

Afin de multiplier les opportunités d’échange et de partage, je compte continuer à parcourir l’ensemble du territoire émirien. Outre Dubaï où je passe une partie de mes semaines, je me suis déjà rendu à Fujaïrah, où j’ai été reçu par Son Altesse l’Emir Hamad bin Mohammed Al Sharqi et à Ras Al Khaima où j’ai été reçu par Son Altesse l’Emir Sheikh Saoud bin Saqr al Qasimi, J’ai visité Al Aïn , ville natale de Sheikh Khalifa bin Zayed Al Nahyan, avec Son Excellence M. Zaki Nusseibeh, pour une visite du Musée et des Fortsde la cité et la remise des diplômes du DELF Junior 2017. Enfin, j’ai inauguré le 18 octobre à Sharjah, avec Son Altesse Sheikh Sultan bin Mohammed Al Qasimi, l’exposition consacrée aux trésors de quarante ans de coopération archéologique franco-émirienne. J’ai également visité, le 1er novembre, la ville intelligente de Masdar, pour porter un message volontariste sur le Climat en tant que Représentant permanent auprès de l’Agence internationale de l’Energie renouvelable (IRENA) et pour souligner la compétence de nos entreprises dans le secteur des énergies vertes et du développement durable.

Quels sont vos rapports avec le Président Emmanuel Macron ? L’avez-vous rencontré avant de venir prendre votre poste ?

Ludovic Pouille : Le premier lien qui nous unit est constitutionnel, puisque le président de la République nomme les ambassadeurs en conseil des ministres et les accrédite auprès des puissances étrangères.

J’ai eu la chance de rencontrer une première fois le président de la République lorsqu’il a accueilli le Prince-héritier Dabu Dhabi à l’Elysée le 21 juin, juste avant de prendre mes fonctions ici. Je l’ai de nouveau rencontré à l’occasion de la conférence des Ambassadeurs, fin août, durant laquelle le chef de l’Etat a présenté les priorités de notre politique étrangère : assurer la sécurité de nos ressortissants en menant le combat contre le terrorisme, lancer de nouvelles initiatives en faveur de la résolution des crises régionales, agir sur les enjeux climatiques et de développement au sens large. Je fais de ces objectifs la boussole de mon action dans mon nouveau pays de résidence, les Emirats Arabes Unis.

Votre implication dans la vie culturelle francophone ? Un mot sur le Louvre ? Avez-vous eu le temps de découvrir le paysage culturel des EAU ? Vos impressions ?

Ludovic Pouille : J’ai eu la chance et le plaisir de visiter le Louvre Abu Dhabi à six reprises en avant-première. Je m’y suis notamment rendu le 6 septembre dernier avec la ministre de la Culture, Mme Nyssen qui était reçue par son homologue Cheikh Nahyan bin Moubarak Al Nahyan, puis le 11 septembre, en présence notamment du Prince Héritier d’Abu Dhabi et de l’Emir de Dubaï, pour découvrir les toutes premières œuvres installées dans les galeries ; enfin le 24 octobre, pour préparer la venue du Président de la République. En prévision de cette inauguration très attendue, j’ai répondu dans une vidéo à trois questions sur le Louvre Abu Dhabi, et je publie chaque jour sur mon compte Twitter une œuvre à découvrir au Louvre Abu Dhabi, accompagnée du mot-dièse #OneDayAMasterpiece. Il y a un réel engouement de la part des jeunes émiriens.

Il y a aussi, autour du Louvre Abu Dhabi, un très riche Programme culturel franco-émirien avec des manifestations artistiques très diverses (musique, danse, théâtre, arts équestres…) et un spectacle pyrotechnique du Groupe F pour la veille de l’ouverture du musée.

Féru d’art, j’assiste aux représentations qui mettent en valeur le talent de nos artistes. J’ai été émerveillé par les performances de la compagnie Käfig, Pixel, les 7 et 8 septembre dernier à NYUAD, en partenariat avec l’Institut français, et de LA Dance project de Benjamin Millepied, les 28 et 29 septembre à l’Opéra de Dubaï. J’ai eu l’honneur d’être accueilli à Alserkal, le quartier des galeries d’art de Dubaï, par son fondateur M. Abdelmonem bin Issa Alserkal et d’y voir des œuvres d’artistes français.

J’ai également partagé l’émotion du public lors du concert du grand Marcel Khalifé, le 27 octobre dernier, à l’Université Paris-Sorbonne Abu Dhabi.

Quelle est le rôle que vous souhaitez jouer auprès de la communauté française des EAU ?

Ludovic Pouille : La communauté française installée aux Emirats compte aujourd’hui plus de 22 000 inscrits.

Elle fait preuve d’un dynamisme remarquable et ce, dans toutes les sphères d’activités : l’éducation, où nos six établissements accueillent près de 10 000 élèves ; l’économie, avec plus de 600 entreprises françaises présentes aux EAU, qui sont notre quatrième excédent commercial au monde ; la défense, avec près de 800 hommes déployés au sein des Forces françaises aux Emirats arabes unis, ou encore le secteur des médias, dont Le Petit Journal de Dubaï est un brillant exemple."

Le rôle de l’Ambassade de France à Abu Dhabi et du Consulat général de Dubaï auprès de la communauté française des EAU est de veiller à sa protection, mais aussi de l’accompagner dans ses demandes et de faire connaître ses initiatives et ses projets. C’est dans cet esprit que je me suis rendu, le 13 octobre dernier, avec le Sénateur des Français établis hors de France, M. Olivier Cadic, à la Journée d’accueil de l’Union des Français de l’Etranger et que je rends visite, très régulièrement, aux écoles, aux entreprises, aux forces et aux associations présentes aux Emirats Arabes Unis.

Vous êtes un arabophone accompli, cela influe certainement vos rapports avec les émiratis, vous sentez-vous accueilli de façon différente lorsque vous vous adressez à eux en arabe, quelle est leur réaction initiale ?

Ludovic Pouille : L’apprentissage de l’arabe est un rocher de Sisyphe ! (rires) C’est une langue que j’aime et dont je me sers au quotidien, pour m’informer, pour communiquer sur mon action et pour échanger avec les autorités et la société émiriennes. Mon souhait est de prendre part à la vie locale en participant aux activités et aux évènements que les Emiriens apprécient (festivals, salons, compétitions sportives…).

Les réseaux sociaux sont également un formidable moyen d’entrer en contact avec les nouvelles générations : un ambassadeur doit savoir vivre avec son temps.

Où étiez-vous en poste avant ? votre parcours ?

Ludovic Pouille : J’ai fait mes études en relations internationales à l’Institut d’études politiques de Strasbourg et à l’Institut de hautes études internationales et du développement à Genève, et j’ai étudié l’Arabe au Département d’enseignement de l’Arabe contemporain (DEAC) au Caire. Mon parcours de diplomate a commencé en 1997 au sein de la direction d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient du ministère des Affaires étrangères. J’ai par la suite exercé les fonctions de consul adjoint à Jérusalem, de 2001 à 2004 avant de rejoindre la mission permanente de la France auprès des Nations Unies à New York, de 2004 à 2007. Après un retour à Paris comme sous-directeur d’Egypte-Levant, de 2007 à 2010, j’ai rejoint le Maroc pour y exercer les fonctions de ministre-conseiller au sein de notre ambassade à Rabat, de 2010-2014. J’ai retrouvé Paris de 2014 à 2017 comme directeur adjoint d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, avant de me lancer avec enthousiasme dans cette nouvelle mission d’ambassadeur de France aux Emirats arabes unis.

Merci à la Galerie Nationale à Alserkal Avenue pour nous avoir accueilli lors de cet entretien.

publié le 05/11/2017

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