Entretien de l’Ambassadeur avec le quotidien "Al Ittihad".

10/04/2007 10:42

Some people say you are doing a lot of efforts here, during a short period we had the Louvre museum agreement, an arabic issue from Le Monde Diplomatique and a new french international TV channel on Nilesat, etc. Is this a strategy to enhance your cultural existence in the region ?

Comme vous le dites, la France a effectivement engagé un important effort dans le domaine culturel en direction de l’ensemble des pays du Golfe et, plus particulièrement, des Emirats arabes unis. Cet effort porte sur des domaines très différents. Il se fait en accord étroit avec les autorités émiriennes pour répondre aux besoins des EAU et aux demandes formulées par les autorités à Abou Dabi. Nous avons toujours eu une conception claire de l’action culturelle. Comme vous le savez, la France a proposé à l’UNESCO une convention sur la diversité culturelle qui a été adoptée le 20 octobre 2005 et qui est maintenant en vigueur. Nous estimons que la culture doit être mise au service du dialogue entre les peuples et les civilisations pour lutter contre l’ignorance qui nourrit à son tour l’intolérance et l’extrémisme. Notre action vise bien à développer notre présence culturelle dans la région, mais aussi et surtout le dialogue culturel avec les pays de la région et entre tous les peuples. Je reviendrai sur les thèmes que vous évoquez.

En ce qui concerne la parution aux EAU de la version en langue arabe du « Monde diplomatique », il s’agit d’une initiative privée que nous saluons. En mars 2007, le mensuel "Le Monde diplomatique" comptait 68 éditions internationales en 26 langues. Parmi ces éditions, 35 étaient imprimées (avec un tirage total de 1,5 millions d’exemplaires) et 33 électroniques. Pour sa part, la version arabe est publiée sous forme de supplément dans les publications suivantes : "Ar-Riyad" (Arabie saoudite), "Al-Waqt" (Bahrein), "Al-Akhbar" (Egypte), "Al-Qabas" (Koweit), "As-Sahifa" (Maroc), "Al-Watan" (Qatar) et, depuis mars 2007 , "Al-Khaleej" (EAU), avec un tirage de 80.000 copies.

Do you compete with the anglo-saxon culture ?

Non, nous ne sommes pas en compétition avec qui que ce soit. Notre combat est pour la diversité, c’est à dire le respect de l’autre, de sa culture et de son identité. Nous avons toujours été partisans, notamment dans le cadre des Nations Unies, de ce respect de la diversité. On a parfois assimilé notre politique à la défense de la seule langue française, mais c’est une perception fausse. Nous défendons la francophonie, comme nous défendons le droit de chacun à s’exprimer dans sa langue. Aussi, à l’Assemblée Générale des Nations Unies, nous présentons depuis de nombreuses années une résolution tendant à faire admettre ce principe du pluralisme linguistique. Nous agissons ainsi pour protéger le même principe de diversité que j’évoquais tout à l’heure.

Do you have any changes after 9/ 11 ?

La politique française n’a pas changé après le 11 septembre. C’est la situation internationale qui a changé et le cadre dans lequel s’inscrit notre action n’est plus le même. Il a rendu plus aiguë la perception des enjeux alors que le « choc des civilisations » nous a été présenté comme inéluctable par Samuel Huntington notamment, et que les auteurs des attentats du 11 septembre ont voulu déclencher une guerre entre les civilisations. Je dis clairement que nous refusons le concept de choc des civilisations et que nous mettons tous les moyens au profit d’une action de dialogue. La présence de « la Sorbonne Abu Dhabi » ici, le projet de « Louvre Abu Dhabi » dans le cadre du district culturel de l’île de Saadiyat font partie de cette stratégie en faveur du dialogue. L’université est le lieu où se forge la jeunesse de demain. Il est donc important que cette jeunesse ait les outils pour comprendre le monde, comprendre l’autre, s’ouvrir au dialogue. C’est le but de La Sorbonne comme des autres universités implantées dans les Emirats arabes unis et dans la région. J’ajoute qu’aux côtés de la Sorbonne, d’autres institutions éducatives françaises sont présentes, comme l’INSEAD ou l’Université de la mode ESMOD -à Doubaï-. D’autres s’apprêtent à développer leur coopération avec des universités émiriennes.

Le Musée « Louvre Abu Dhabi » participera à ce même dialogue d’une manière différente. Il fera partie d’un complexe de plusieurs musées où seront présentés l’art moderne et contemporain, l’art classique, mais aussi les autres cultures, celle de la Région du Golfe et des Emirats arabes unis ainsi que leur histoire. Bref, en lui-même, le complexe culturel de Saadiyat est conçu comme un lieu de dialogue et de rencontre constructive entre les cultures. Je suis très fier que mon pays participe à un tel projet. Nous avons avec nos amis des Emirats une vision commune. Nous sommes résolument tournés vers l’avenir dans le cadre d’un partenariat au sens le plus littéral du terme.

Could you estimate the number of people who use French as a second language here in the region ?

La francophonie est un concept qui n’est pas que linguistique. Nous portons avec notre langue une identité et des valeurs. La région du Golfe n’est pas traditionnellement ouverte au français et la majeure partie des habitants de cette région se tourne vers l’anglais, comme première langue étrangère. Quoi de plus normal ? Nous ne cherchons pas à concurrencer l’anglais, nous cherchons à apporter une autre voix dans le cadre du pluralisme que je décrivais tout à l’heure. Ce qui est réconfortant, c’est de constater que le dispositif d’enseignement du français dans la région se développe, tout particulièrement aux Emirats arabes unis, où nous devons construire de nouveaux bâtiments, agrandir les écoles existantes, pour faire face à une demande toujours plus grande d’enseignement dans notre système et dans notre langue. C’est une contribution à la politique que je décrivais tout à l’heure. Nous sommes désireux d’accueillir toujours plus enfants des Emirats arabes unis et d’autres pays dans nos écoles, qui sont un formidable creuset pour l’avenir. Il y a
aujourd’hui 50 000 apprenants de français dans les établissements primaires et
secondaires des EAU, 4 000 élèves dans le réseau des lycées français et une
université francophone.

Je voudrais ajouter un exemple très récent à notre politique de diversité : la nouvelle chaîne de télévision d’information continue, France 24, qui avait commencé en diffusant ses programmes sur deux canaux différents, en français et en anglais et qui vient de commencer la diffusion de 4 heures quotidiennes de programme en arabe, à compter du 2 avril. Dans les mois à venir, elle passera à 12 heures quotidiennes de programmes en arabe.

Il y a aussi, parallèlement, un effort de diffusion culturelle à travers les spectacles, la musique, le théâtre ou le cinéma. Il est vrai que le cinéma français est peu présent ici, mais nous avons deux Alliances françaises, l’une à Abou Dabi, l’autre à Doubaï. Elles sont extrêmement actives et proposent à un public toujours plus nombreux des cours de français, mais aussi d’arabe, des activités culturelles variées : des bibliothèques extrêmement bien approvisionnées, des séances de cinéma et des activités culturelles en collaboration avec des partenaires émiriens, comme l’ont montré les concerts récemment organisés à la Fondation Culturelle, au Théâtre National, ou encore à l’Université Zayed. Il est important, je le répète, de proposer des choses différentes, en complément de ce qui se fait et non pas dans une attitude de concurrence. J’espère avoir répondu à votre attente et vous invite à consulter le site Internet de l’Ambassade www.ambafrance-eau.org où vous pourrez trouver -en français- toutes les informations relatives à ces activités culturelles.

Texte de l’article en arabe

publié le 10/05/2007

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