Discours lors de l’inauguration des chantiers « Pyramide » et « Sully » au musée du Louvre

Musée du Louvre Paris – mardi 5 juillet 2016

Altesse, nous sommes très heureux de vous accueillir ici pour cette inauguration. Votre présence confirme une fois encore les relations exceptionnelles entre la France et les Emirats.

Mesdames, Messieurs les ministres ;

Monsieur le président du Louvre ;

Mesdames et Messieurs ;

C’est toujours avec émotion que nous pénétrons au Louvre. C’est un voyage dans le temps, dans l’espace, c’est aussi une confrontation avec des œuvres qui représentent le patrimoine de l’humanité.

Alors il fallait que ce Louvre, notre Louvre, votre Louvre, puisse être encore davantage accessible. C’est le sens des aménagements qui ont été réalisés sous la Pyramide ainsi que l’idée du centre d’interprétation du Pavillon de l’Horloge dans l’aile Sully.

Il s’agit, comme l’a rappelé Jean-Luc MARTINEZ, d’identifier les parcours, de donner des repères, de fournir des informations à tous les publics, français ou étrangers, dans toutes les langues, à ceux qui sont de fins connaisseurs ou qui se prétendent tels, ou à de simples curieux qui viennent pour une première fois, pour que chacune et chacun puisse se sentir à l’aise avec simplement l’idée de découvrir les œuvres.

Rendre la Pyramide à son public, telle était votre ambition ainsi que celle que les architectes ont eu à poursuivre et le défi qu’ils ont eu à relever. Parce que la pyramide est aussi une œuvre d’art, admirée et connue dans le monde entier. Au point que certains d’ailleurs se disent que la Pyramide a toujours existé, et qu’elle était sans doute déjà là au moment où le Louvre était la demeure des rois.

Alors vous voulez accompagner tous les visiteurs au seuil des collections et éviter que le Louvre ne soit regardé comme un labyrinthe où on a tôt fait de se perdre si l’on n’est pas guidé par un fil d’Ariane.

Il est vrai aussi que le public du Louvre a considérablement changé en vingt ans. Lors du lancement des travaux du Grand Louvre, dans les années 80, il y avait à peine 3 millions de visiteurs. Il y a dix ans, il y en avait déjà 5 millions et aujourd’hui le chiffre est de 10 millions, qui viennent admirer les collections nationales. Ils viennent de plus en plus loin, d’Europe, d’Amérique, d’Asie, d’Afrique, du Moyen-Orient ; bref partout dans le monde le Louvre est un sujet d’attraction. Il fallait donc que ces aménagements puissent contribuer à l’attractivité de Paris et de la France. L’attractivité n’est pas simplement fiscale, elle n’est pas que réglementaire, elle n’est pas qu’économique, elle est aussi culturelle. C’est le même ensemble. Attirer le plus grand nombre, faire en sorte que la première visite soit suivie par une deuxième et ainsi de suite.

75 % des visiteurs du Louvre sont étrangers et c’est une fierté pour la France car pour beaucoup le Louvre c’est la France. Le Louvre c’est un « livre de Pierre » où mille ans d’histoire se racontent, une histoire qui est celle de notre pays qui a pu être tragique dans certaines circonstances mais qui a été le plus souvent grandiose.

Les murs du Louvre ont connu des révoltes, des guerres, des massacres, des révolutions, des destructions, mais ont été aussi les témoins de brillantes réalisations. C’est l’ensemble de ces batailles que Jack LANG a pu conter dans un livre, même si pour lui la mère de toutes les batailles c’était la dernière, c’est-à-dire celle qui a permis qu’il y ait le Grand Louvre avec la pyramide.

Dans les archives de l’Elysée, j’ai pu retrouver la note qu’avait adressée Jack LANG, ministre de la Culture, à François MITTERRAND ; c’était au début de son mandat. Jack LANG proposait de faire ce qui est d’ailleurs aujourd’hui advenu c’est-à-dire le Grand Louvre. François MITTERRAND avait mis une annotation sur la note qui était à la fois encourageante et en même temps stimulante. Mais un peu déprimante : « bonne idée » cela partait bien, « mais pas facile à réaliser, comme toutes les bonnes idées », c’est vrai qu’il faut parfois s’y remettre à plusieurs fois pour traduire une intuition en idée, puis une idée en réalisation. Parfois il faut du temps, c’est sans doute la raison pour laquelle François MITTERRAND a pris du temps, deux septennats, cela n’arrivera jamais plus à personne, il savait ce qu’il voulait faire pendant toute cette durée. Sans doute Jack LANG en est le premier responsable.

Mais, du grand dessein d’Henri IV, au Grand Louvre de François MITTERRAND, c’est une idée de la France qui se déploie, une France qui ne parle pas au nom du monde, mais pour le monde. Le Louvre a été une forteresse médiévale, plus un Palais des rois, une maison d’artistes, puis, avec la Révolution française, un musée du peuple.

Alors, aujourd’hui nous sommes dans d’autres circonstances, le Grand Louvre est là, nous devons le rendre encore plus attractif, fonctionnel, mais en même temps nous devons le protéger. La sécurité, dans le contexte que chacun connaît, est un principe absolu et nous prenons toutes les dispositions, toutes les mesures, avec bien sûr l’établissement, pour permettre au public de venir visiter le Louvre, comme d’ailleurs tous les grands musées, sans crainte, sans crainte pour eux-mêmes, sans crainte également pour leurs biens. Les contrôles ont donc été considérablement renforcés, et c’était nécessaire.

Il y a aussi la sécurité des œuvres. Parfois nous pouvons connaître des aléas climatiques. La récente crue de la Seine a conduit le musée à évacuer une partie des collections qui étaient conservées en zone inondable. J’ai donc eu l’occasion, - dans la nuit du vendredi 3 juin au samedi 4 juin, au moment où il y avait un risque sérieux que la crue de la Seine puisse atteindre les réserves du musée, - d’assister aux opérations qui ont conduit à mobiliser tous les personnels, et je voudrais vraiment ici en remercier les équipes du Louvre, qui ont déplacé 35.000 œuvres, pas simplement en une nuit, mais en plusieurs nuits et en plusieurs jours, de façon à ce qu’il n’y ait aucun risque. Aucune œuvre n’a été endommagée. Ce qui nous a conduit aussi à accélérer les solutions de conservation et à Liévin il y a maintenant une volonté commune de pouvoir accueillir les œuvres pour qu’elles puissent être conservées tout près du Louvre Lens.

Un autre défi est sur le point d’être relevé, à des milliers de kilomètres d’ici, à Abou Dabi, c’est le plus grand projet culturel que nous menons à l’étranger, ensemble. Je salue la clairvoyance de ceux qui, il y a presque 10 ans, ont lancé ce projet, là encore, une bonne idée. Vous, Altesse, votre frère le Prince héritier, dont la passion pour la culture et l’ouverture n’ont d’égale que celle de votre père Cheikh Zayed, grand ami de la France depuis toujours et qui l’a encore montré dans ces dernières années, et je pense aussi à tout ce que nous avons pu faire pour la sécurité de la région.

Nous venons de dévoiler, ensemble, la plaque qui donne son nom au Nouveau Centre d’interprétation, dédié à l’histoire du Louvre et à ses collections.

Je pense aussi au Président Jacques CHIRAC, dont chacun connaît l’engagement pour le dialogue des cultures, j’ai eu l’occasion de le rappeler lors du 10e anniversaire du Musée du Quai Branly. Et je salue enfin la ténacité, l’énergie, de ceux qui aujourd’hui ont permis à ce projet du Louvre Abou Dabi de voir le jour : le président de l’Autorité du tourisme et de la culture Mohamed Khalifa Ahmed Al Mubarak, les ministre français de la culture successifs, de Renaud DONNEDIEU de VABRES jusqu’à Audrey AZOULAY aujourd’hui, et bien sûr les président-directeurs du Louvre, monsieur Henri LOYRETTE et Jean-Luc MARTINEZ, je n’oublie pas Marc LADREIT de LACHARRIERE président de l’Agence France-Muséums, ainsi que Jack LANG, qui ont œuvré pour que ce projet puisse aboutir.

Le 15 juin dernier, le nouveau bâtiment imaginé par Jean NOUVEL a été mis en eau. C’est une opération très complexe, qui a exigé de longs mois pour sa planification, et qui permet au musée de s’avancer dans la mer et de bénéficier, grâce à l’effet combiné de l’ombre et des embruns, d’un microclimat. Un microclimat, nous en rêvons tous, et vous l’avez, vous, réalisé.

Cette opération succède à une autre, non moins spectaculaire, qui a été la pose du dôme, du majestueux dôme, en septembre 2015 et puis il fallait aussi que dans ce musée il puisse y avoir des œuvres, des œuvres exceptionnelles, d’où la politique d’acquisition qui a permis d’enrichir la collection du futur musée. Elle sera complétée par des prêts prestigieux, en provenance des plus grands musées français et nous allons pouvoir offrir au public un dialogue inédit entre des œuvres que rien ne destinait à se rencontrer, des œuvres de plusieurs continents.

Dans quelques mois le Louvre Abou Dabi va ouvrir ses portes, ce sera un grand moment pour la région, mais aussi pour le monde entier, parce que c’est un message. Vous l’avez rappelé d’ailleurs Altesse, ce message est celui de la culture et de l’Humanité, du dialogue, de la paix, alors qu’en Syrie et en Irak, il y en a qui massacrent des populations, qui s’attaquent à leur mémoire, à leur Histoire, à leur culture, il est plus que symbolique qu’un nouveau musée universel puisse voir le jour dans la région, dans ce Moyen-Orient où a éclot ce que l’être humain porte de plus grand.

C’est là que l’Humanité a bâti les premières villes, c’est là où a été inventée l’écriture, où les premières légendes ont été imaginées, là où on a posé la loi comme principe du gouvernement des hommes et donc le Louvre porte témoignage aussi de cette histoire-là. Là où les Lumières islamiques ont fait rayonner jusqu’en Occident, les mathématiques, la philosophie et les arts.

Alors, aux terroristes qui, en Syrie ou ailleurs, imposent une loi qui n’a de divine que le nom, nous résistons par la liberté, par les idées, par la culture.

J’en appelle d’ailleurs à toutes les consciences pour refuser d’assister, de manière impuissante, à des destructions, aux pillages des trésors qui sont, une fois encore, la marque de notre Humanité face à ceux qui veulent la détruire.

C’est pourquoi j’avais confié à Jean-Luc MARTINEZ un rapport, - à la suite des destructions de Palmyre, mais aussi de musées en Irak, du trafic d’œuvres dont nous avons chaque jour la confirmation, - qui devait nous donner des propositions, des solutions, pour que nous puissions mettre à l’abri un certain nombre d’œuvres, les réparer, les restaurer et aussi fournir un asile à des musées qui se sentent menacés.

Lors du dernier G7, donc du sommet des pays supposés être les plus riches du monde, j’ai voulu que, au milieu de discussions sur l’économie, sur la croissance, sur la finance, nous puissions parler de ce qu’est peut-être l’essentiel, c’est-à-dire l’Humanité.

Jean-Luc MARTINEZ est venu présenter, quelques minutes, lors d’une pause, son rapport et ses conclusions et l’ensemble des pays du G7 ont accepté d’aller plus loin, dans le sens proposé par la France, donc de lutter contre le trafic des œuvres d’art, de reconstituer le patrimoine détruit et de faire en sorte que nous puissions fournir un asile, comme nous le faisons pour les personnes, aussi pour les biens.

Dans cette bataille, la France n’est pas seule, puisqu’elle a convaincu les pays du G7, mais elle en convainc beaucoup d’autres et notamment les Emirats Arabes Unis. A l’occasion de l’achèvement du Louvre à Abou Dhabi les Emirats ont accepté d’accueillir au mois de décembre, une grande Conférence internationale sur le patrimoine en danger. Jack LANG sera chargé de son organisation et, dès cet après-midi, il se réunira à l’Elysée avec le représentant personnel de Cheikh Mohamed, Monsieur Mohamed Al Mubarak, pour engager la préparation de cet événement majeur.

Notre objectif est qu’en décembre la communauté internationale, les grands musées du monde, les mécènes - et je veux ici les saluer, puissent prendre des engagements concrets et poser des actes.

La France doit montrer aussi l’exemple, c’est pourquoi elle a consacré près de 170 millions d’euros à la protection du patrimoine et à l’archéologie du Proche et du Moyen-Orient.

J’ai voulu aussi, par rapport à la question des réfugiés, par rapport à la question de ces Syriens étudiants, qui veulent venir ici en Europe, qu’on puisse leur proposer de travailler à ce qui est finalement pour eux le plus important, c’est-à-dire à l’avenir et à l’histoire de leur pays. Aujourd’hui nous accueillons 460 boursiers Syriens, 300 boursiers Irakiens, dont plusieurs dizaines travaillent dans le domaine du patrimoine, parce que nous considérons que l’art et le patrimoine sont le bien commun.

Avec la Conférence de décembre, à Abou Dabi, il y aura une alliance mondiale, une alliance mondiale pour la culture, une alliance mondiale pour la paix, pour le dialogue, pour la civilisation, ou plutôt pour les civilisations. Parce que si nous voulons vaincre le terrorisme, la barbarie, nous devons le faire en recourant à la force, et c’est ce que nous avons pour notre part décidé. Nous devons le faire sur le plan politique pour chercher des solutions, qui ont été à l’origine des conflits, mais nous devons le faire aussi avec une exigence morale, intellectuelle, spirituelle, culturelle.

La culture n’est pas simplement un lieu où l’on montre des œuvres, la culture c’est une bataille, pas simplement pour rénover ou pour repenser des établissements ou des grands musées, la culture c’est aussi une bataille pour convaincre, pour partager, pour émouvoir et pour rassembler le plus grand nombre.

C’est le message que la France, avec les Emirats, avec le Louvre Abou Dabi, veut envoyer au monde, et c’est ce message que je voulais rappeler ici, au Louvre, parce que le Louvre est un grand établissement qui fait la fierté de la France, mais qui appartient au monde entier. Merci.

publié le 05/09/2016

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