Discours de l’Ambassadeur au Colloque sur l’identité nationale (15 avril 2008)

Pourquoi faut-il préserver sa langue ?

1. La langue est au cœur de l’identité de chacun. La situation varie grandement selon les pays. Pour ce qui concerne la France, où l’on dit que l’identité nationale est forte, quels sont les éléments qui permettent de la définir ? En d’autres termes, qu’est-ce qu’être Français ?

Il n’y a pas de définition raciale. Il n’y a pas de définition ethnique du citoyen Français. Il n’y a pas de définition religieuse, la constitution française et notre vision laïque de la société autorisent l’expression la pratique et l’expression de toutes les convictions religieuses. Il n’existe pas de critères proprement politiques. Le droit de la nationalité en France est un mélange du droit du sol et du droit du sang : en d’autres termes, le droit du sang impliquerait que tout enfant naissant de parents français est Français. Tel est bien le cas mais on peut aussi bien devenir Français en naissant en France de parents étrangers. Tout cela est soumis à des conditions, mais la nationalité française est assez facilement accessible, et on procède chaque année à environ 50.000 naturalisations.

La France a toujours été une terre d’immigration. Son identité et son histoire se sont façonnées au gré des invasions, des guerres et des migrations de populations. Aujourd’hui, on sait bien ce qu’est la France, car on connaît ses frontières, mais on ne sait pas ce qui fait nécessairement un Français.

La réponse, c’est qu’être Français, outre la possession d’un passeport français et l’adhésion à un certain nombre de lois (ce qui est commun à tous les pays), c’est essentiellement parler français avec tout de que cela implique. Ce qui rassemble les Français, c’est leur appartenance à une même culture et la pratique d’une même langue.

Mais, autant les Français sont attachés à leur langue, autant cet attachement ne doit pas être conçu comme une barrière ou un frein à l’ouverture nécessaire en direction des autres.

Je voudrais souligner les points suivants :

a. En défendant notre langue, nous défendons le droit de chacun à s’exprimer dans sa propre langue. Nous ne demandons pas que tous les habitants de la planète parlent le français, nous souhaitons simplement que ceux qui le souhaitent et ceux dont c’est la langue puissent la pratiquer.
Ce principe s’applique aux autres langues. Chaque année, la France propose, à l’Assemblée générale des Nations Unies, une résolution sur la diversité linguistique demandant le respect de l’utilisation de toutes les langues officielles des Nations Unies. Nous avons actuellement, avec plusieurs pays, dont les Emirats Arabes Unis et l’Arabie saoudite, une action à Montréal, à l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI), pour veiller à ce que les règles soient respectées dans l’usage des langues dans le cadre de cette organisation.
Plus largement, nous avons proposé une convention sur la diversité culturelle qui a été adoptée par l’UNESCO en 2005. Nous pensons en effet que l’identité de chacun est fondamentale et qu’elle doit être respectée. Ce respect passe par le droit de s’exprimer dans sa langue.

2. Cette convention, soutenue par les EAU, répond à plusieurs objectifs.
Celui que j’ai rappelé, le simple respect de l’identité mais aussi, de manière plus politique, la nécessité du dialogue et donc du respect de l’autre notamment dans la situation qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001. Alors que l’on voudrait nous faire croire qu’il existe un conflit ou une opposition entre les civilisations ou les religions, il est important de faire prévaloir le dialogue entre tous, la tolérance. Le respect de l’autre passe par le respect de son identité de sa culture, de sa langue. La Convention sur la diversité culturelle est donc d’une certaine manière très politique.
Elle trouve une traduction ici dans la politique pratiquée par les EAU, sur le plan universitaire avec la création d’un système éducatif ouvert vers les autres, dans diverses langues dont le français avec la Sorbonne-Abu Dhabi, et nous, Français, sommes très fiers d’y apporter notre contribution. C’est la même politique qui anime le projet de complexe culturel de l’île de Saadiyat qui créera un pôle culturel, un lieu de dialogue en rassemblant un musée d’art moderne et contemporain, le musée de Guggenheim-Abu Dhabi, un musée à portée universelle, le Louvre-Abu Dhabi et deux musées plus liés à l’histoire nationale et régionale, le musée maritime et le musée national Cheikh Zayed.

3. Je voudrais enfin insister sur le fait que bien parler sa langue est le plus souvent une condition nécessaire pour apprendre les autres langues. Comment bien apprendre la grammaire d’une autre langue si on ne maîtrise pas la sienne ? D’une certaine manière, c’est la traduction d’un principe simple : être sûr de son identité permet de mieux s’ouvrir aux autres.

Voilà les quelques réflexions que je voulais faire en exprimant mes remerciements aux autorités émiriennes pour leur contribution, notamment celle de S.A. Cheikh Hamdan bin Zayed Al Nahyan, vice-premier ministre, et le Ministre de l’éducation supérieure et de la recherche, Cheikh Nahyan Bin Mubarak Al Nahyan, aux célébrations de la semaine de la francophonie en présence du Secrétaire général de l’organisation internationale de la francophonie, M. Abdou Diouf, le mois dernier. Ce n’était pas une fête française, c’était la fête de tous. La francophonie est partagée par un nombre important de pays. En célébrant la francophonie, nous voulons célébrer la diversité mais aussi l’identité de chacun.

En conclusion, je voudrais souligner avec la plus grande clarté que l’attachement à sa langue n’est pas un repli, au contraire c’est un moyen d’ouverture et la condition d’accès à la connaissance de sa propre culture dans toute sa profondeur historique. Notre objectif n’est pas de défendre une langue mais la diversité et donc une vision ouverte et tolérante du monde.

Je vous remercie.

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Lire le discours de l’Ambassadeur en langue arabe

publié le 20/05/2008

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