Allocution du ministre des Affaires étrangères, M. Philippe Douste-Blazy, devant la communauté française (Abou Dabi, 9 septembre 2006)

Monsieur l’Ambassadeur,
Monsieur le Président du groupe France-Golfe du Sénat,
Madame, Monsieur le Sénateur,
Monsieur le Président du groupe d’amitié France-Emirats Arabes Unis de l’Assemblée nationale,
Mesdames et Monsieur les Conseillers de l’Assemblée des Français de l’étranger,
Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs,

Tout d’abord un mot pour vous prier de m’excuser de la brièveté de mon passage parmi vous.

Devant accompagner demain le président de la République en Finlande, j’ai en conséquence du concentrer mes entretiens dans un temps très réduit, et je vais rencontrer tout à l’heure mon homologue, Cheikh Abdallah Bin Zayed Al Nahyan, puis le Prince héritier d’Abou Dabi et Vice Commandant en chef des forces armées, Cheikh Mohammed Bin Zayed Al Nahyan, avant de rencontrer demain matin le chef de l’Etat, Cheikh Khalifa Bin Zayed Al Nahyan.

Si j’ai souhaité vous rencontrer dès mon arrivée aux Emirats Arabes Unis, c’est parce que l’image de notre pays tient d’abord à la qualité, au dynamisme et à la vitalité de la présence de ses ressortissants.

Je connais la vitalité de nos ressortissants français aux Emirats Arabes Unis et je suis fier de ce que vous faites ici.

Les faits parlent d’eux-mêmes : une communauté française qui approche les 10.000 personnes et en croissance rapide ; un grand dynamisme dans l’action quotidienne, en particulier au plan économique ; une très forte implication sur le plan culturel. Ce sont autant de motifs de fierté pour notre pays. Ici, à la résidence de notre ambassadeur, je tiens à vous en remercier personnellement.

Les Emirats Arabes Unis sont pour la France, vous le savez mieux que personne, un partenaire important. Nos relations bilatérales sont étroites et confiantes ; les contacts politiques sont soutenus, et ce au plus haut niveau, comme l’illustrent la récente visite à Paris du chef de l’Etat Cheikh Khalifa, qui a rencontré le président de la République le 21 juillet dernier et la volonté exprimée à plusieurs reprises depuis plus de dix ans par le président de la République Jacques Chirac qui souhaite une coopération renforcée avec les Emirats Arabes Unis.

Les Emirats Arabes Unis sont aux avant-postes de la mondialisation. Leur croissance économique est spectaculaire, grâce bien sûr au pétrole, mais aussi grâce à une politique d’investissement et de développement avisée conduite depuis plusieurs décennies par ses dirigeants. Nos entreprises exportent et investissent avec dynamisme, puisque notre part de marché y est supérieure à la moyenne que nous réalisons à l’échelle du monde.

Vous savez toute l’importance que j’attache à nos relations économiques avec ce pays. Les chefs d’entreprises qui m’accompagnent attestent, par leur action comme par leur présence aujourd’hui, de la nécessité pour notre pays, dans un monde toujours plus concurrentiel, de faire plus et encore mieux aux Emirats. Nous devons inscrire notre action dans la durée et donner à nos réalisations un suivi plus efficace qu’il ne l’est.

Je sais que vous le faites. Je sais que nous pouvons tous ensemble continuer à le faire. Et vous pouvez compter sur mon appui et sur ma détermination pour vous y aider.

Nous devons aussi veiller à faire mieux connaître notre pays aux Emiriens, et notamment l’ampleur des réformes économiques et fiscales que nous conduisons, qui rendent la France encore plus attractive et compétitive pour les investisseurs étrangers. La France fait partie des cinq pays du monde où les étrangers investissent le plus. Je vais le dire à Cheikh Mohamed Bin Zayed dans un instant. Nous avons fait la réforme de l’assurance maladie, la réforme des retraites même si elle n’est pas encore suffisante, la réforme fiscale, même si ce n’est pas encore suffisant, ce qui explique que notre pays a aujourd’hui l’une des croissances les plus élevées de l’Union européenne.

Par son ouverture au monde et par sa situation géographique au carrefour de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, ce pays est bien placé pour mesurer les risques et les défis qui s’attachent à la mondialisation. Les autorités émiriennes sont par ailleurs très attentives à l’évolution des conflits qui se développent dans son horizon proche, notamment au Proche Orient, et à la situation de pays tels que l’Irak, l’Iran et l’Afghanistan.

L’engagement politique et l’appui humanitaire de la France au Liban depuis le déclenchement de la crise, le 12 juillet, trouvent dans ce pays, je le sais, un écho particulièrement favorable. La détermination du président de la République à faire progresser le processus de paix, le vote de la résolution 1701 au Conseil de sécurité des Nations unies, tout cela montre qu’il ne sera pas possible de faire progresser la stabilité et la paix dans la région si elles ne sont pas partagées par les autorités émiriennes.

Pour l’Iran, j’espère que la raison l’emportera et que l’Iran entrera dans un processus coopératif avec la communauté internationale. Comme j’ai eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises, la porte du dialogue n’est pas fermée avec l’Iran, qui est une puissance régionale avec laquelle nous souhaitons pouvoir dialoguer sur la base de la confiance mutuelle.

Javier Solana et M. Larijani se rencontrent. Nous pensons que l’offre que nous avons faite à l’Iran était ambitieuse sur le plan du nucléaire civil et au point de vue économique. Nous voyons que la réponse est totalement insatisfaisante. Nous pensons que jusqu’au dernier moment il faut se battre. Vous qui vivez ici, vous le savez mieux que personne, il faut se battre pour qu’il n’y ait à aucun moment ce risque majeur d’un conflit entre l’Occident et le monde musulman.

Je souhaite terminer mon propos par la culture et l’éducation. Je salue les professionnels du monde de la culture et de l’éducation qui m’ont accompagné. Ce qui fait la spécificité, la force et la vitalité de notre relation bilatérale, c’est aussi l’ampleur des réalisations culturelles récentes dans ces domaines, en partenariat étroit avec nos amis Emiriens.

Je pense en particulier à la Sorbonne à Abou Dabi, qui accueillera début octobre 170 étudiants. Je pense à l’Insead, qui ouvrira ses portes à Abou Dabi en janvier 2007. Je pense à l’Ecole supérieure de la mode et du design, Esmod, qui ouvre ses portes à Dubaï. Je pense à l’action de nos établissements d’enseignement (écoles primaires, collèges, lycées), dont la fréquentation ne cesse de croître, et qui scolarisent actuellement plus de 3.600 élèves. Je pense aux 50.000 élèves qui étudient notre langue dans les établissements d’enseignement privé dans l’ensemble des Emirats et au département de français de l’Université fédérale des Emirats Arabes Unis, à Al Ain. Je pense enfin à la contribution de l’Alliance française à Abou Dabi et à Dubai pour la diffusion de la langue et de la culture françaises.

Je suis venu accompagné des responsables de l’Ecole centrale, de l’Ecole normale supérieure et du Lycée Louis-le-Grand qui envisagent de créer des partenariats avec l’Institut des technologies appliquées d’Abou Dabi.
L’ensemble de ces actions constitue un atout décisif pour notre pays, pour son influence et pour son rayonnement. Notre pays est ici clairement en tête dans l’action culturelle.

Notre relation bilatérale est riche et porteuse. Je voulais simplement, avant de rencontrer le Cheikh Mohamed, vous dire merci. On parle toujours de mondialisation et de globalisation. Mais la mondialisation et la globalisation n’ont évidemment qu’un seul intérêt, c’est de pouvoir augmenter la croissance à l’échelle de la terre. On voit aujourd’hui qu’il y a dans certains endroits du monde, comme ici dans les pays du Golfe mais aussi en Europe, une envie de travailler ensemble.

Vous êtes ceux qui, en France ont décidé de servir notre pays à l’extérieur de la France. Je suis conscient de ce que cela représente en termes d’investissement personnel, en termes de rupture de parcours professionnel, personnel, pour les enfants, pour les parents. Pour avoir été expatrié moi-même dans une autre vie, comme médecin, je sais les difficultés que cela représente, mais aussi les bonheurs que cela peut procurer. Aussi, je sais qu’il est important de savoir qu’il y a un consulat, une ambassade, un ambassadeur, une équipe du ministère des Affaires étrangères à votre disposition. C’est un service public qui participe au rayonnement et à l’influence de la France et contribue à tisser des liens, et je voudrais vous exprimer notre reconnaissance et notre fierté.

Je vous remercie./.

publié le 12/09/2006

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